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thierry billet

Écologiste annécien

Yves PACCALET parle d'or

Publié le 20 Août 2014 par Thierry BILLET

L'ami Yves PACCALET a publié ce qui suit dans le NOUVEL OBS. Il parle d'or...

"Voici deux ou trois choses que je veux dire et tenter de faire comprendre à mes amis (et à ceux qui le sont moins) dans les rangs d’Europe-Écologie-les-Verts. En politique intérieure comme en politique extérieure…

Nous sommes d'accord sur le fond...

En étant conscient que la stratégie que je préconise se trouve à l’exact opposé de celle que désirent et réclament la majorité des militants…

Nous sommes d’accord sur l’essentiel : la folle augmentation de la population humaine ; l’utopie de la croissance ; la pauvreté grandissante ; l’accès à l’eau douce de plus en plus difficile pour des milliards de pauvres ; la stérilisation des terres cultivables ; les pollutions de l’air, de l’eau et de la terre ; le chaos climatique ; le mitage de la couche d’ozone ; l’effondrement de la biodiversité planétaire ; la menace des OGM ; la nécessité de la transition énergétique ; la sortie du nucléaire ; etc.

Je l’ai écrit dans "L’Humanité disparaîtra, bon débarras !" : le XXIe siècle est le siècle le plus dangereux pour l’espèce humaine depuis que l’espèce humaine existe. Que faire ? Comment pouvons-nous agir le moins mal possible, et trouver une sortie de secours - pour reprendre le titre de l’essai que j’ai signé à la suite de "L’Humanité disparaîtra" ?

Nous n'aurions pas dû laisser l'écologie à Royal

EELV a choisi, depuis 2012, de s’allier au Parti socialiste et à la gauche pour porter ses idées. Au début, j’étais tiède. Mais j’ai trouvé l’union plutôt féconde. Nous avons obtenu des succès. En Rhône-Alpes, nous l’avons constaté dans les domaines de la biodiversité, de la transition énergétique, de la lutte contre les OGM, etc.

Or, voilà qu’après deux ans de vie commune, sur un coup de tête (les méchantes langues évoquent le calcul de carrière), les ministres d’EELV sortent du gouvernement. Sur le plan régional, même tendance.

Depuis des mois, je n’entends plus que cela : quittons cette majorité dans laquelle "on nous traite" (un vocabulaire de cour d’école) !

Totale incompréhension de nos électeurs. Les écolos voient se renforcer, non pas leurs idées généreuses et indispensables, mais leur image d’écervelés, volages, incapables de "gouverner autrement", et même de gouverner tout court.

Nous avons notamment méprisé le poste de "grand ministre" de l’Écologie, que nous proposaient François Hollande et Manuel Valls.

Nous l’avons laissé à Ségolène Royal, au grand dam des loups, des ours et des autres espèces sauvages, sans parler du calendrier de la sortie du nucléaire…

La majorité visible d’EELV ne jure plus que par une nouvelle alliance à bâtir avec l’extrême gauche : Parti communiste, parti de Gauche, etc. Ce faisant (bon courage, en passant, pour les discussions sur la "croissance" avec les productivistes du PC !), les écolos se réduisent, avec un art consommé du masochisme, à un groupuscule privé de toute efficacité.

En 2010, EELV proclamait la nécessité de l’ouverture avec Dany Cohn-Bendit. En 2014, ce parti se retrouve gouverné par quelques-uns, régi par des lois internes où la "ligne" politique, loin d’être "ultra-démocratique", est celle de rares porteurs de "motions" votées par un ersatz de comité central.

Les Verts doivent s'ouvrir

J’ai toujours pensé (et écrit voilà déjà des décennies) que, pour être utile et efficace, l’écologie devait "aller polluer tous les partis".

Je reste fidèle à ma formule. Je suis consterné par le repli "à l’extrême gauche toute" d’EELV.

Je crois, à l’exact opposé, que pour avancer, les écologistes doivent aujourd’hui rechercher l’ouverture la plus large possible - non seulement en conservant leur alliance avec le Parti socialiste, les radicaux de gauche et apparentés, mais en s’ouvrant des perspectives au centre (avec François Bayrou ou Jean-Louis Borloo s’il revient en politique), voire à droite : je connais des UMP (élus, militants, électeurs) aussi écolos que bien des écolos déclarés, évidemment bridés par la ligne générale de leur parti, mais qui pourraient peser dans tel ou tel dossier.

Sans un renouvellement du pacte avec le PS et la gauche modérée, sans une ouverture vers le centre et le centre droit, sans cet appel aux bonnes volontés venues de tous côtés, EELV se marginalisera sans cesse davantage, pour ne plus incarner qu’un noyau sectaire de militants qui (c’est la règle dans les groupuscules) ne cessent de se diviser, de se rediviser, à la fin de se haïr les uns les autres.

On l’a compris : je suis plus proche, en écologie, de la "grande coalition" que de la stratégie de l’escargot qui rentre dans sa coquille.

Notre ennemi principal : le Front national

Lorsque je raisonne en politique, je me demande toujours quel est mon ennemi principal.

En France, il est clair que c’est le Front national. Je ne suis pas souvent d’accord avec Jean-Luc Mélenchon, mais je souscris à ses récentes déclarations, selon lesquelles, en 2017, Marine le Pen "va finir par y arriver".

Une Le Pen présidente de la République française ! Quel tableau pour le monde…

La "grande coalition" s’impose, non seulement à propos d’écologie, mais de démocratie. Dans ce domaine comme dans les autres, le repli groupusculaire serait, non pas une erreur, mais une faute. Grave.

Comme en politique intérieure, je me demande quel est mon ennemi principal. La réponse est : la dictature, qu’elle soit idéologique ou religieuse. Je ne veux soutenir (directement bien sûr, mais même indirectement) aucune forme de tyrannie, aucun parti tyrannique ou intégriste. Trop dangereux.

Je ne veux pas permettre au Hamas de triompher

Telle est la raison pour laquelle je refuse de me mêler aux manifestants pro-Palestiniens en France ou ailleurs. Gaza est sous la coupe du Hamas, c’est-à-dire des Frères musulmans, ces salafistes dont le seul rêve est d’anéantir Israël et les Israéliens, en instaurant la charia en Palestine.

Je ne veux pas permettre à ces hommes-là de triompher.

Je dénonce la politique brutale d’Israël. Je milite depuis quarante ans pour la coexistence de deux États qui se reconnaissent et s’acceptent sur un territoire exigu. Je suis consterné par la prééminence de l’extrême-droite dans le gouvernement Netanyahou.

Je hurle, comme tout le monde, devant le spectacle des enfants tués. Mais Israël est une démocratie. Ce pays compte quantité de militants de la paix et de la réconciliation entre les peuples.

Je ne comprends pas la furie pro-palestinienne de nombre d’écolos.

Je l’excuserais mieux si ces mêmes âmes avaient manifesté dans la rue, non pas seulement contre les milliers de morts de Gaza, mais contre les 170.000 cadavres de Syrie ; contre les assassinats systématiques des chrétiens dans ce que les intégristes musulmans appellent le "Califat islamiste en Iraq et au Levant" ; ou encore contre les horreurs de Boko Haram au Nigeria, ou contre les 1.100 morts de la guerre civile attisée par Vladimir Poutine en Ukraine.

La sélectivité anti-israélienne de telles manifs a été promptement récupérée par les antisémites, les Dieudonné, les lepénistes. Elle est ravageuse.

Jamais ne n’accepterai qu’elle devienne un mort d’ordre officiel d’EELV.

J'ai été maoïste... Puis j'ai regretté

Je veux conclure en vous racontant une histoire.

En mai 68, je braillais dans la rue : "US assassins ! FLN vaincra !" ; et le Vietnam en a pris pour 30 ans de dictature communiste. J’ai été maoïste pendant les quelques mois de cette période agitée. Je hurlais : "Vive la Chine populaire ! Vive la Grande Révolution culturelle prolétarienne !" et autres slogans du même acabit.

J’ai épousé une femme un quart chinoise. Dans les années 1995, son grand-père chinois est venu en France. Il parlait couramment, outre le mandarin, le français, l’anglais et d’autres langues. Il m’a raconté comment, en tant qu’intellectuel bourgeois, il avait été enfermé dans un camp de concentration pendant 20 ans, sous la Révolution culturelle et ensuite ; à vidanger les chiottes ; à être privé de nourriture, battu, insulté par les gardes rouges.

Je n’ai rien dit, je n’ai pas osé avouer au grand-père chinois de ma femme les slogans que je braillais, durant ma jeunesse, en faveur de ses tortionnaires. J’étais anéanti. Je me suis juré que jamais plus je ne mêlerais mes actes, mes paroles ou mes écrits à un combat dans lequel je risquerais d’aider la victoire de fascistes, de nazis, de staliniens ou d’intégristes religieux

Je ne me suis plus départi de ce vœu : voilà la raison pour laquelle vous ne risquez pas de m’apercevoir peu ou prou au côté du Hamas. J’aurais trop peur qu’un jour, un ami israélien auquel je pense ne me raconte; comment, abandonné de tous, reconquis par les Frères musulmans, Israël aurait cessé d’exister, et comment les Juifs n’auraient plus eu le choix qu’entre la décapitation, la conversion immédiate ou la barque de boat people sur la méditerranée."