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thierry billet

Vice président Climat Air Energie du GRAND ANNECY

Chroniques du travail n°5

Publié le 15 Juin 2017 par Thierry BILLET

Parce que le droit du travail va être profondément déstabilisé par le gouvernement dans les semaines qui viennent, j'ai l'envie de vous raconter quelques histoires vraies, loin des débats théoriques sur le frein à l'embauche que constituerait notre droit au travail sans aucune preuve concrète.

Mme V est responsable de magasin depuis 12 ans, elle entretient des relations filiales avec ses patrons qui lui ont fait confiance et l'ont soutenue et aidée. Aujourd'hui c'est le petit fils qui dirige. Après un rendez vous chez le comptable qui leur a annoncé une baisse de 4% du CA, "debriefing" avec Mme V qui apprend alors que le personnel se plaint d'elle et autres griefs. On lui propose une rupture conventionnelle sinon on ira jusqu'au licenciement et on lui conseille d'accepter la rupture d'un commun accord. Elle fait le gros dos, se disant qu'il s'agit d'une pointe d'émotions après de moins bons résultats. Quelques jours plus tard, elle subit une mise à pied à titre conservatoire qui va durer 3 semaines sans salaire avant d'être licenciée pour faute grave.

Les reproches : des plaintes de l'équipe dont on ne lui a jamais parlé auparavant, des erreurs sur les stocks et l'envoi de colis sur le compte de l'entreprise pour un peu plus de 100 euros.

L'équipe en question fera les attestations qu'on lui demandera de faire : elles sont sans doute déjà rédigées pendant les trois semaines de la mise à pied et les adjointes seront récompensées par le poste de Mme V. On n'est jamais trop prudent avant un prud'hommes.

Les erreurs de stock n'en sont pas. L'employeur le reconnaît devant le conseiller du salarié lors de l'entretien préalable, mais il les laisse dans la lettre de licenciement.

L'envoi de colis était toléré par l'employeur en remerciement des services rendus lorsque la télésurveillance sonnait à n'importe quelle heure de la nuit sur son portable personnel...

J'oubliais que Mme V est payée presque le double que ses collègues des autres magasins compte-tenu de son ancienneté et de son rôle de formatrice dans l'entreprise.

Avec le plafonnement des dommages et intérêts pour licenciement abusif, l'employeur pourra provisionner le coût de la procédure prud'homale et licencier sans motif celui qui coûte cher, qui ramène sa fraise ou qui ne plaît plus. Et l'on s'étonnera que les gens soient de moins en moins engagés dans leur travail...

 

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René JULIEN 16/06/2017 13:47

Entre filialité et filiation , on se demande si dans cette affaire , outre les avocats , on n'a pas besoin d'un psychiatre , d'un curé et de sa bible à coté du code du travail .

Ce qui représente une facture et des complications d'experts largement supérieures à ce que ne seront jamais les indemnités de Mme V ....