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thierry billet

Écologiste annécien

Répondre au terrorisme sans perdre raison

Publié le 28 Novembre 2018 par Thierry BILLET

Nous aurions presque tendance à oublier les attentats et la menace terroriste : notre cerveau semble configuré pour être amnésique, pour oublier les mauvais moments. Et pourtant, nous avons besoin collectivement de nous souvenir pour pouvoir éviter le renouvellement. C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu le livre de mon confrère François SUREAU qui a plaidé pour la LIGUE DES DROITS DE L'HOMME devant le Conseil Constitutionnel pour obtenir que le Conseil déclare non conformes à la Constitution plusieurs dispositions des lois anti terroristes et relatives à l'état d'urgence adoptées par le gouvernement VALLS en 2017.

D'abord pour la langue employée, pour la précision des mots; pour la mise en perspective historique ensuite.

Le livre s'appelle "Pour la liberté" chez TALLANDIER et il devrait être mis entre toutes les mains pour rappeler quel est l'objet du contrat social défini par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Trop souvent certains pensent qu'ils n'ont rien à craindre de mesures liberticides prises sous le coup de l'émotion par un pouvoir politique qui veut prouver qu'il est à la manoeuvre et qu'il est énergique. "Moi je suis honnête, je n'ai pas fait le mal, donc cela ne me concerne pas", entend-on.

Mais cela n'est pas l'enjeu; l'enjeu c'est le modèle de société dans lequel nous vivons : celui du respect des libertés publiques, ou celui du délitement de nos garanties démocratiques individuelle et collective.

SUREAU rappelle justement : "Le système des droits n'a pas été fait seulement pour les temps calmes mais pour tous les temps. Rien ne justifie de suspendre de manière permanente les droits du citoyen. Cela n'apporte rien à la lutte contre le terrorisme. Cela lui procure au contraire une victoire sans combat, en montrant à quel point nos principes étaient fragiles".

Voilà un cadeau utile (et pas cher) pour les fêtes de fin d'année...

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Plaidoyer contre la gratuité des transports urbains

Publié le 26 Novembre 2018 par Thierry BILLET

Jean Sivaridière, vice-président de la Fnaut. 
Jean Sivaridière, vice-président de la Fnaut.
@Fabrice Michel

 

Tout le monde ne partage pas l'enthousiasme des Dunkerquois qui célèbrent la récente gratuité de leurs transports publics.  Vice-président de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT), Jean Sivardière critique ce choix politique. Et s'en explique dans le JDLE.


JDLE - A l’heure où la gratuité des transports annoncée par la ville de Dunkerque semble susciter une vague d’enthousiasme, alors que Paris a lancé une étude pour envisager de l’appliquer à son propre réseau urbain, la Fnaut qualifie cette gratuité de solution dangereuse, voire démagogique.

Jean Sivardière - Notre position sur la gratuité surprend les interlocuteurs, car on attend d’une association de consommateurs qu’elle réclame des tarifs aussi bas que possible, voire même la gratuité. Certes, la fréquentation augmente, les frais de billetterie (entre 5 et 7% des recettes commerciales) disparaissent, il n’y a plus de conflit avec les contrôleurs; ce sont les effets à court terme. Or nous estimons que la mesure est dangereuse à moyen terme pour les usagers et les transports publics.


JDLE – Vos inquiétudes portent sur l’avenir des investissements et de l’offre de transport…

Jean Sivardière -  La gratuité prive les collectivités des ressources nécessaires pour investir et renforcer l’offre. Le maire de Dunkerque fait valoir qu’il a abandonné le projet d’une Arena [6 à 7 millions d’euros par an] et ainsi, dégager les fonds nécessaires à la gratuité. Mais un projet comme celui-là, on y renonce une fois. Qu’est-ce qui va se passer dans 5 ans? Patrice Vergriete a admis qu’il financerait plutôt un bus à haut niveau de service (BHNS) au lieu d’un tram. Le premier augmente la fréquentation de 30 à 50% par rapport à un bus banalisé, le second la double, au minimum. Pour financer la gratuité, qui coûte cher, on sacrifie donc les investissements.

Même chose à Aubagne, où le Val’Tram (un tram-train sur une ex-voie ferrée) a été abandonné pour des raisons, entre autres, financières. A Niort, c’est le BHNS lui-même qui a été abandonné. Dans des villes comme Toulouse et Pau, où on avait promis la gratuité, aux jeunes notamment, la promesse n’a pu être tenue, faute d’argent. D’autre part, les élus ne se posent jamais la question des conséquences qu’a, pour les entreprises, l’augmentation inéluctable du versement transport en cas de gratuité. Le Medef, très hostile au versement transport, pourrait faire valoir que, comme les usagers ne paient plus, les entreprises pourraient s’en affranchir ou au moins le diminuer. Cela remettrait en cause le financement des transports urbains dans toutes les villes de France!


JDLE – Les arguments de désenclavement, de pouvoir d’achat, d’amélioration de la qualité de l’air, de changement des habitudes, sont tout de même percutants.

Jean Sivardière – Certes, mais chacun de ces arguments peut être déconstruit en observant ce qui se passe sur le terrain. Les promoteurs de la gratuité font valoir qu’il vaut mieux des bus gratuits et pleins que des bus payants à moitié vides. C’est vrai que la gratuité favorise le remplissage des bus, mais il ne faut pas se faire trop d’illusions, car la fréquentation de départ est marginale. Même si elle triple, ça ne change pas grand-chose.

A Aubagne, la fréquentation est aujourd’hui inférieure à la moyenne nationale si on l’évalue en nombre de voyages par an et par habitant. A l’inverse, à Lyon, où la fréquentation est la plus élevée de France (hors Ile-de-France), les tarifs sont les plus élevés du pays (et la qualité de service y est excellente). La gratuité n’est pas une condition nécessaire pour remplir les transports publics: c’est la qualité qu’il faut améliorer pour que les citadins les utilisent.

Ensuite, on entend souvent que la gratuité garantira le droit au transport des captifs et augmentera leur pouvoir d’achat. C’est vrai. Mais on peut atteindre le même résultat en instaurant une tarification solidaire, comme ça se fait à Strasbourg, en se basant sur le quotient familial. Cela peut aller jusqu’à la gratuité, mais il n’est pas besoin de recourir à la gratuité généralisée pour assurer le droit au transport.

Il se dit aussi que la gratuité attirera les automobilistes, d’où une diminution de la congestion, de la pollution de l’air… Dans la pratique, les piétons et les cyclistes utilisent davantage les transports en commun, ce qui constitue d’ailleurs un report modal qui présente peu d’intérêt, notamment pour la santé! Mais l’expérience montre surtout que la gratuité n’attire pas les automobilistes, ou à la marge. Ce qui les attirera vraiment, eux qui dépensent environ trois fois plus pour leur auto que ce qu’ils dépenseraient pour payer un transport public, c’est une amélioration de la qualité de service.

Enfin, la gratuité serait un moyen de redynamiser le centre-ville et ses commerces… Comme la gratuité attire peu d’automobilistes, la situation ne sera pas fondamentalement modifiée en centre-ville, puisque ce sont les  piétons et les cyclistes qui en sont les meilleurs clients. Juguler l’implantation des grandes surfaces en périphérie serait bien plus efficace.


JDLE – A vous écouter, la gratuité des transports en commun serait donc un parti-pris essentiellement idéologique?

Jean Sivardière -  Les responsables politiques qui réclament la gratuité en font un problème idéologique, alors que cela ne correspond pas du tout à la demande sociale. A Aubagne, le slogan de la municipalité était ‘liberté, égalité, gratuité’!

Anne Hidalgo, à Paris, a annoncé que la gratuité serait ‘la’ solution, et c’est seulement après qu’elle a lancé une étude sur la faisabilité de la mesure. C’est bien la preuve que c’est de la démagogie! Cela coûterait 3 Md€ par an. Où voulez-vous les trouver? On peut arrêter d’investir, mais ça n’est pas la solution. Ce qui mécontente les gens, c’est la mauvaise qualité de service liée à un sous-investissement dans les transports depuis des années. Les usagers ne réclament pas la gratuité, ils veulent de la vitesse, de la régularité et du confort.

 

Finalement, la gratuité détourne l’attention du vrai problème: il y a trop de voitures en ville et pour lutter contre, il faut prendre des mesures impopulaires. A savoir arrêter de construire des parkings dans le centre-ville, augmenter le prix de l’essence, etc. La gratuité est la solution de facilité. C’est démagogique car cela masque la réalité de l’effort à faire.

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Concertations publiques

Publié le 18 Novembre 2018 par Thierry BILLET

Les commentaires dans les réseaux sociaux me font penser que l’objet des concertations publiques en cours d'une part sur le plan de déplacements urbains et d'autre part sur la liaison Ouest du lac d’ANNECY (BHNS & Tunnel sous le SEMNOZ) n’est pas vraiment compris.

L’accent est mis sur le pour ou le contre sur le tunnel sous le SEMNOZ alors que l’objet de la concertation est de remonter les propositions des habitants. A partir d’un projet de mobilité, il s’agit de recueillir la parole des habitants en vue d’enrichir les choix possibles. Chantal JOUANNEAU, la présidente de la Commission nationale du débat public, l’a clairement énoncé dans REPORTERRE et il convient de se reporter à cet entretien : « Ce n’est pas au décideur d’éclairer le public, c’est au public d’éclairer le décideur »

A l’issue de la concertation publique, la garante du débat public fera part de sa synthèse et les promoteurs des projets devront répondre à celle-ci.

Par exemple en lançant une étude de faisabilité d’un tram train en lieu et place d’un bus à haut niveau de service.

Ou encore si il est proposé aux débats un projet alternatif au tunnel permettant de réduire le trafic devant la mairie d’ANNECY afin d’y installer une seule voie de circulation routière et un site propre vélo/bus dans chaque sens.

Ce n’est qu’à l’issue de ce travail complémentaire qu’un projet finalisé pourra être défini, adopté en conseil communautaire et mis à l’enquête publique.

Il s’agira alors d’une consultation « pour » ou « contre » avec un commissaire enquêteur qui donnera un avis favorable ou défavorable sur ce projet finalisé.

Projet finalisé qui pourra être encore amendé pour partie en tenant compte des observations du commissaire enquêteur avant son adoption définitive par le conseil d’agglomération ; délibération qui pourra encore être déférée devant le Tribunal administratif par ses opposants.

Mais ne brûlons pas les étapes : nous sommes dans la phase d’écoute des projets alternatifs venant de la société civile.

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TERRITOIRE ZERO DÉCHET, poursuivre le chemin

Publié le 16 Novembre 2018 par Thierry BILLET

ATTENTION : inscriptions avant le 20 novembre !

Elus, chefs d’entreprises, membres d'associations et d'institutions viendront témoigner de leur implication dans ce projet.

La création d'un socle d'acteurs de l'économie circulaire permet aujourd'hui de développer les suites de la dynamique initiée en 2015 en Pays de Savoie.

Nous vous proposons aussi une conférence avec Isabelle Delannoy, auteur du livre L'économie symbiotique qui fait partie des meilleures ventes de livres d’économie du moment.

 Elle observe depuis plusieurs années les logiques productives qui se développent dans des domaines aussi divers que l’économie du partage (« pair à pair »), l’économie circulaire, et propose une nouvelle théorie économique. Un changement radical de système technique et d’économie serait déjà à l’œuvre, avec des modes de production qui n’épuisent plus les ressources mais, au contraire, les régénèrent.

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à contacter Shabnam Anvar, coordinatrice du Territoire Zéro Déchet Zéro Gaspillage à contact@zero-gaspillage.fr

 

TERRITOIRE ZERO DÉCHET, poursuivre le chemin
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Schéma de cohérence territoriale, premier bilan

Publié le 16 Novembre 2018 par Thierry BILLET

On sait que le Schéma de cohérence territoriale est l'outil indispensable sur le plan supra communal pour fixer les  orientations en matière d'aménagement du territoire sur le GRAND ANNECY et au delà. Le Préfet veut encore élargir le champ de vision en proposant d'y agréger le SCOT de la vallée de THONES par exemple ainsi que RUMILLY qui y sont favorables. Compte tenu des mobilités entre ANNECY et THONES (1200 vers THONES & 2400 vers ANNECY quotidiennement) d'une part, et entre ANNECY et RUMILLY (6200 quotidiens) d'autre part, la réflexion et la prise de décisions à cette échelle est indispensable.

La clé de voute est clairement la limitation de la consommation d'espaces agricoles et naturels malgré l'attractivité de notre bassin de vie.

L'urbanisation a été de 752 hectares entre 2004 et 2016. La pression des services de l'Etat a permis de réduire significativement cette consommation. Ainsi le rythme de 2004 à 2008 a été divisé par 2 entre 2013 et 2016. Et la tendance se maintient dans ce sens.
Pour l'avenir, les PLU de 22 communes du GRAND ANNECY adoptés ces derniers temps ont "rendu" 645 hectares à l'agriculture : c'étaient des espaces destinés à l'urbanisation dans les PLU précédents et qui ont été reclassés en zone agricole dans le PLU adopté récemment.

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Plan de prévention des déchets

Publié le 15 Novembre 2018 par Thierry BILLET

Le plan de prévention des déchets a pour objectif de réduire la production de déchets de notre agglomération en menant des actions coordonnées de l'ensemble des institutions et des particuliers : le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas. 

Entre 2010 et 2017, la production de déchets a diminué de 13% et la part du recyclage et du compostage est passée à 42% du total. 

L'objectif du GRAND ANNECY pendant la durée du plan, c'est à dire jusque 2026 est de réduire encore de 50 Kilos (-10% par rapport à 2018) les déchets non valorisés et d'aboutir à 65% de déchets valorisés sur l'ensemble des déchets ménagers collectés.

Une commission consultative associant les hôteliers-restaurateurs, Bazar sans frontière, la recyclerie d'ALEX, REPAIR CAFE, etc. travaille sur les mesures d'accompagnement nécessaires pour déterminer toutes les économies possibles et toutes les actions pertinentes. 

Déjà 9000 composteurs ont été distribués dans le GRAND ANNECY, 133 sites de compostage de proximité sont en place, plus de 400 lombricomposteurs sont utilisés... Quelle satisfaction pour moi que ce dernier exemple...

Mais il faut encore améliorer cela, notamment sur la collecte des déchets alimentaires de la restauration commerciale puisque c'est déjà fait pour les restaurations municipales.

Le GRAND ANNECY va transformer progressivement ses déchèteries en recycleries où les habitants pourront déposer et récupérer des matériels encore utilisables ou qui peuvent se réparer.

​​​​​​​Et nous avons encore du travail pour les déchets dans l'espace public pour trouver des modalités de tri efficaces, ou en matière d'économie circulaire qui ne motive pas encore suffisamment les entreprises du bassin. Mais le mouvement est lancé et l'affluence à BAZAR SANS FRONTIERE pour ne prendre que cet exemple montre que culturellement les annéciens ont basculé dans le camp de la valorisation.

 

 

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Cadastre solaire du GRAND ANNECY

Publié le 14 Novembre 2018 par Thierry BILLET

Le cadastre solaire du GRAND ANNECY est maintenant en place. Il sera encore amélioré d'ici quelques semaines pour intégrer de nouvelles données techniques disponibles sur l'orientation de certaines toitures et sur des bâtiments construits tout récemment.

Mais d'ores et déjà il constitue une base de sensibilisation et de préparation de projets facilement utilisables, tant par les propriétaires des bâtiments que des installateurs de photovoltaïque. Il permet, à chaque fois que des travaux de réfection de toiture sont envisagés de se poser la question de la pertinence d'installer du PV en toiture en classant celle-ci selon sa capacité à accueillir des panneaux suffisamment exposés au soleil (sans masque naturel ou artificiel). On peut ainsi déterminer la quantité d'énergie produite et une estimation du prix de revente de celle-ci. 

Nous allons devoir maintenant travailler pour qu'il soit connu de tous, et notamment des architectes et des maîtres d'oeuvre.

D'ores et déjà la réflexion autour du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) devra intégrer le "PV ready", c'est à dire que le bâtiment soit conçu pour pouvoir accueillir des panneaux PV ultérieurement. Trop souvent, même sur des bâtiments récents, la structure du bâtiment ne permet pas de supporter le poids des panneaux !  C'est ce qu'on appelle la 5° façade qu'il convient de considérer comme telle, soit pour produire de l'énergie, soit pour la végétaliser afin de réduire la consommation d'énergie.

Rappelons enfin, pour tenter de faire taire les rumeurs récurrentes sur le sujet, que les panneaux PV ne contiennent pas de terres rares et sont composés à 95% de silicium qui ne pose aucun problème de recyclage. Cette rumeur est notamment propagée par les tenants du nucléaire qui ne sont pas préoccupés du délai de "recyclage" des installations nucléaires ni de leurs déchets... 

Le lien est ci-dessous :

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Rixes entre bandes de jeunes, l'état de la connaissance

Publié le 7 Novembre 2018 par Thierry BILLET

Le Point : Trois jeunes sont morts dans des rixes en région parisienne, ces deux dernières semaines. Y a-t-il une banalisation de la violence chez les jeunes ?

Laurent Mucchielli : Je ne pense pas, cela n'a, hélas, rien de nouveau. Quand j'ai commencé à travailler sur la délinquance des jeunes à la fin des années 1990, c'était déjà ce qu'on disait dès que survenait une série de faits divers violents. En analysant l'histoire du phénomène, je me suis vite aperçu que les idées de banalisation et d'augmentation de la violence chez les jeunes étaient beaucoup plus anciennes. Elles alimentent depuis très longtemps la presse ainsi que les discours politiques. La bonne question serait donc plutôt : pourquoi est-ce que cela ne s'arrête jamais ? Ce qui conduirait à analyser vraiment les phénomènes plutôt que de simplement s'indigner. Quant au comptage des rixes entre bandes, il était nettement supérieur il y a 10 ans : jusqu'à 400 rixes de ce type comptabilisées en 2010.

Lire aussi Laurent Mucchielli : « Il n'y a pas d'explosion de la violence  »

En 2010, vous avez publié un essai intitulé L'Invention de la violence. Qu'entendez-vous par ce titre ?

C'est le titre choisi par l'éditeur. Moi je l'avais appelé La Fabrique de la violence. C'est une analyse sociohistorique qui démontre que, contrairement aux idées reçues, nous vivons dans une société de moins en moins violente, mais qui ne supporte plus la violence et donc la dénonce davantage. En réalité, le discours sur « c'était mieux avant » est une sottise. Avant, c'était encore pire. Cela n'enlève rien aux problèmes du présent. Mais ça évite de raconter n'importe quoi.

«  Dans les années 1960, même si on n'avait pas de diplôme, on trouvait du boulot à l'usine. Résultat, la période de la jeunesse passait plus vite. »

La violence avec les bandes de « blousons noirs » dans les années 1960 était-elle la même qu'aujourd'hui ?

Les bandes étaient nombreuses et violentes au temps des « blousons noirs ». On se battait autant, sinon bien plus, entre bandes de villes, de villages ou de quartiers, et pour des raisons largement similaires. La grande différence, c'est le poids de la double exclusion scolaire et professionnelle : l'échec scolaire suivi de la perspective du chômage. Dans les années 1960, même si on n'avait pas de diplôme, on trouvait du boulot à l'usine. Résultat, la période de la jeunesse passait plus vite. À l'heure où l'on s'inquiète volontiers d'un rajeunissement de la délinquance, j'ai suggéré depuis longtemps déjà que l'on assiste bien plus sûrement à un vieillissement de la délinquance. Autrement dit, la sortie de la délinquance est plus longue et plus difficile qu'avant.

Quelles sont les raisons qui peuvent pousser deux bandes à s'affronter ?

Cela dépend des cas. Il peut y avoir des enjeux économiques, comme le contrôle de points de revente de drogues. Mais il y a surtout des enjeux de territoire et de réputation, et des recherches de démonstration de force chez des jeunes en mal d'affirmation de leur virilité personnelle, ou de leur place dans la hiérarchie du groupe. Cela peut aussi être des phénomènes ponctuels comme des cycles de vengeance plus longs. Ou des conflits inopinés entre individus qui vont ensuite chercher de l'aide chez leurs copains, comme il peut exister des conflits à dimension plus collective dès le départ. C'est le cas des affrontements entre bandes de quartiers ou de villes limitrophes, qui sont tout sauf nouveaux, que ce soit en ville ou jadis dans les campagnes. Certains fantasment aujourd'hui sur les belles et douces campagnes d'autrefois, au prix d'une ignorance confondante. Dans un monde qui était régi par de très puissants codes d'honneur et où les gens étaient souvent armés, la violence était au contraire endémique dans les campagnes françaises de l'Ancien Régime.

Quels éléments socio-économiques peuvent précipiter un jeune dans la rue ?

Comme l'a montré le sociologue Marwan Mohammed (dans La Formation des bandes, PUF, 2011), les bandes sont essentiellement composées de jeunes hommes âgés de 13 à 25 ans qui habitent des quartiers pauvres, sont issus de familles en difficultés, et sont en échec scolaire. La bande offre à ce type de jeune un espace pour exister, s'affirmer, s'amuser, se venger en quelque sorte de ses échecs (en particulier l'échec scolaire) et échapper à une mort sociale annoncée.

«  Statistiquement, le facteur numéro un est l'échec scolaire »

Les rixes entre bandes pour des territoires ont-elles un lien avec la densité de certains quartiers et de la difficulté du vivre ensemble dans les ensembles HLM ?

La bande est avant tout composée de jeunes qui se connaissent bien parce qu'ils ont grandi ensemble. Elle est donc à l'image des quartiers où ils vivent et des établissements scolaires qu'ils ont fréquentés. Il est surprenant que ceux qui parlent de « bandes ethniques » présupposent que les jeunes se sélectionnent en fonction d'une origine ou d'une couleur de peau. Ou bien peut-être projettent-ils leur propre racisme sur les autres. La réalité est plus simple. Plus nous fabriquons des « quartiers-ghettos » et des « écoles-ghettos », plus nous avons des « bandes-ghettos ».

Il y a un mois, Valérie Pecresse expliquait sur RTL souhaiter un « doublement des peines pour les crimes commis dans les quartiers les plus criminogènes  »...

Les politiciens réagissent toujours de la même manière : posture d'indignation morale, annonce de renforts policiers et annonce de durcissement des sanctions dans une prochaine loi. Ces lois qu'on empile les unes après les autres au fil des gouvernements ne changent rien à la réalité, à part allonger certaines peines de prison. Le problème est ailleurs, dans la force des inégalités sociales et spatiales, et dans la force des mécanismes d'exclusion sociale par l'échec. C'est ce que nous avons montré avec mon équipe dans l'étude du parcours de plus de 500 jeunes condamnés par la justice à Marseille : le facteur numéro un statistiquement est l'échec scolaire. Tant qu'on ne fera rien de vraiment significatif à ce niveau, la situation ne changera pas.

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Les ALPES, laboratoire climatique

Publié le 1 Novembre 2018 par Thierry BILLET

L'association des villes des alpes de l'année à laquelle appartiennent ANNECY, CHAMBERY et CHAMONIX sera à INNSBRUK début novembre pour lancer un "partenariat alpin pour l'action climatique locale"...

Le recul des glaciers est l’une des conséquences du changement climatique dans les Alpes. © Michael Gams, CIPRA International

En l’absence de mesures de lutte contre le changement climatique, les températures moyennes augmenteront de 4,5 °C dans les Alpes d’ici 2050. Alors que de nouvelles initiatives offrent une lueur d’espoir, le dernier rapport des Nations Unies sur le climat relance le débat.

Que se passera-t-il lorsque la température de la planète aura augmenté de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) étudie cette question dans son dernier rapport. Dans les Alpes, les températures ont déjà augmenté de 2°C. Reto Knutti, professeur à l’Institut de l’atmosphère et du climat de l’ETH Zurich, co-auteur de deux rapports du GIEC, le confirme : « Dans les derniers scénarios pour la Suisse, nous nous basons sur l’hypothèse d’un réchauffement de 2,5 à 4,5°C d’ici les années 2050. Cela va entraîner bien sûr de profonds bouleversements. » Les effets seront multiples. 90 % des glaciers alpins vont disparaître, avec des conséquences considérables pour les cours d’eau qu’ils alimentent. Une pénurie d’eau potable est peu probable, mais « si l’évolution actuelle des températures et du niveau des précipitations estivales se poursuit, ce que confirment les scénarios, nous ne pourrons plus être en mesure de tout irriguer. » Les stations de ski de basse altitude sont elles aussi menacées : « Ce qu’il faut dire tout simplement aujourd’hui, c’est que les stations situées en dessous de 1 500 mètres ne seront plus viables à long terme ». Les éboulements et glissements de terrain pourraient également se multiplier en raison du dégel du pergélisol.

Des initiatives pour la protection du climat

L’un des signes les plus évidents du changement climatique est la fonte des glaciers. L’Initiative pour les glaciers a été créée en Suisse à l’été 2018. Elle recueille des déclarations de soutien à une initiative populaire qui vise à inscrire dans la Constitution fédérale les objectifs de l’Accord sur le climat signé à Paris en 2015, en particulier la suppression progressive des énergies fossiles d’ici 2050. La liste de soutien regroupe des signataires issus d’horizons très différents qui ne font pas forcément partie de la scène environnementale classique. L’ingénieur informaticien Daniel Germann de Rickenbach bei Wil est l’un d’entre eux : « Le réchauffement climatique est le plus grand problème de l’humanité. La solution est claire et simple : nous devons arrêter de brûler du carbone. » Il regrette que la politique fasse passer l’économie avant l’homme et la nature, et qu’elle ne soit pas capable de prendre elle-même cette décision. « Il y a urgence : cette initiative pour les glaciers est plus que jamais nécessaire. »

Pendant ce temps, l’élue régionale autrichienne Helga Krismer recueille des signatures pour l’organisation d’un référendum sur le climat. Le Comité consultatif sur le climat alpin mis en place par la Convention alpine élabore quant à lui des propositions pour un système d’objectifs commun à tous les pays alpins. Lors d'une conférence commune, les 7 et 8 novembre 2018 à Innsbruck, les réseaux « Alliance dans les Alpes », « Ville des Alpes de l’Année » et CIPRA International discuterons leurs visions sur le climat. L’événement marquera le lancement du « Partenariat alpin pour l’action climatique locale ».

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