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thierry billet

Écologiste annécien

Dépénalisation du cannabis, mariage homosexuel

Publié le 5 Novembre 2012 par Thierry BILLET in C'est personnel

Jean-Luc BENNAHMIAS est un ami cher. Je partage avec lui la radicalité de la démarche écologiste et le pragmatisme de l'urgence de faire ici et maintenant avant qu'il ne soit trop tard.  Il publie un texte sur l'hypocrisie qui marque la discussion sur le mariage homosexuel et la dépénalisation du cannabis. Si l'on fait des cercles regroupant ceux qui sont opposés à la suppression de la peine de mort, au mariage homosexuel, à la dépénalisation du cannabis, et bien sûr au vote des étrangers aux élections locales, on doit constater des intersections fréquentes et pour les plus réactionnaires des recoupements quasi complets. Ces débats sociétaux marquent pour moi le clivage le plus significatif entre les progressistes et les conservateurs. Jean-Luc exprime dans le texte ci-dessous exactement le fond de ma pensée.

Avatar de Jean-Luc Bennahmias

Par 
Vice-Président du MoDem

L'ouverture du mariage aux couples homosexuels, et la législation sur le cannabis... A priori, deux thèmes totalement différents, mais qui, selon l'eurodéputé et vice-président du MoDem Jean-Luc Bennahmias, ont un point commun : le débat à leur sujet est totalement occulté par l'hypocrisie et la diabolisation. Pourquoi ?

Dépénalisation du cannabis, mariage homosexuel, adoption par des couples homosexuels, les sujets dits de société, dont on parle tant ces derniers jours, sont de bons prétextes pour des discours hypocrites et une diabolisation simpliste.

 

Hypocrisie, car les discours nient la réalité des faits : sur le cannabis, la politique uniquement répressive est un échec. Comme le répète régulièrement Daniel Vaillant – ex-ministre de l'Intérieur qu'on ne peut pas vraiment qualifier de laxiste – la prohibition ne marche pas. L'échec de la guerre à la drogue est dénoncé par les faits (augmentation de la quantité de drogue en circulation, développement des réseaux mafieux, du blanchiment et de la violence, baisse des prix et augmentation de la consommation) et par des instances internationales comme la Commission mondiale pour la politique des drogues, qui compte parmi ses membres Javier Solana, Carlos Fuentes, Paul Volcker ou encore Mario Vargas Llosa.

 

Dans son rapport de juin 2012 intitulé "Comment la criminalisation de l’usage de drogues aggrave la pandémie mondiale" la commission fait dix recommandations, parmi lesquelles : "Toutes les autorités compétentes, tant au niveau municipal qu’international, doivent reconnaître l’échec de la guerre menée contre les drogues afin de réduire la demande mondiale et, ce faisant, s’éloigner des mesures conventionnelles répressives qualifiées de 'succès' (arrestations, saisies et condamnations), qui n’ont aucune répercussion positive sur les communautés concernées."[1]

 

Les exemples de nos voisins sont parlants : pourquoi les ignorer ? 

 

Prendre acte de l'évolution de notre société et avancer, de manière sereine et pédagogique, c'est ce que nous sommes incapables de faire. Pour ne parler que du cannabis, il faut prendre un peu de recul, et regarder au-delà de la France : certains de nos voisins européens ont avancé plus vite que nous sur la question de la pénalisation/dépénalisation/légalisation.

 

Ainsi, dans certains États, qui étaient d'ailleurs encore sous le joug d'une dictature il y a moins de 50 ans, le débat est plus avancé et la législation plus tolérante : en Espagne comme au Portugal et aux Pays-Bas, la consommation – limitée à la possession de petites quantités – n'est pas un délit. Aux Pays-Bas, elle est même possible dans les fameux "coffee shops".

 

D'autres pays ont instauré un système hybride : en Allemagne, au Danemark, en Belgique, en Autriche, en Italie, en Islande ou au Luxembourg, le cannabis est dépénalisé, mais il reste une infraction – puisque dépénalisation ne veut pas dire légalisation. De plus, certains de nos voisins autorisent la consommation à des fins thérapeutiques ; c'est le cas en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, en Belgique, en Finlande ou encore au Royaume-Uni.

 

Peut-on encore nier la réalité des couples homosexuels ?

 

Hypocrisie aussi sur le mariage homosexuel, l'adoption et la procréation médicale assistée, qui attisent de nouveau les controverses. Certes, les tabous tombent peu à peu sur la question du mariage, mais la France est là aussi en retard : le mariage existe aux Pays-Bas depuis 2001, en Belgique depuis 2003, en Espagne depuis 2005, et depuis en Suède, au Portugal ou encore en Norvège.

 

Premier mariage bouddhiste entre deux personnes de même sexe à Taïwan, le 11 août 2012(S.YEH/AFP).

Premier mariage bouddhiste entre deux personnes de même sexe à Taïwan, le 11 août 2012 (S.YEH/AFP)

 

Alors qu'on s'apprête à évoluer sur cette question, certains maires annoncent déjà qu'ils ne célébreront pas les mariages gays, tandis que l'adoption par des couples homosexuels et la procréation médicale assistée relancent ce que j'appelle le triptyque "hypocrisie, ignorance et diabolisation" qui caractérise notre approche sur ces sujets de société.

 

Nier la réalité – l'existence de couples homosexuels et de milliers d'enfants qui vivent dans l'insécurité juridique (absence de statut du conjoint parent) – ne permet pas de régler les problèmes ni de faire évoluer notre société. Les débats sont encore souvent réduits à des idées reçues et à l'absence de compréhension de la diversité de la société française d'aujourd'hui, alors que l'idée centrale devrait être l'égalité des droits pour tous.

 

Sur l'adoption, il y a aujourd'hui suffisamment d'enquêtes et d'études pour affirmer que l'identité sexuelle n'a que peu à faire avec l'éducation des enfants. Faisons confiance à notre encadrement de l'adoption, qui me semble largement à même de gérer sur un même pied d'égalité des demandes provenant de couples hétérosexuels comme de couples homosexuels.

 

Mariage des homos et législation sur le cannabis : la même hypocrisie française

 

En France, notre approche sur le cannabis répond au même triptyque qui est fatal à tout débat serein et productif sur la question. Il y a hypocrisie car nier les situations, la réalité de terrain, permet d'en rester au statu quo sans rien régler des problèmes, ni agir sur les causes. Il y a ignorance, car beaucoup de gens ne connaissent pas la réalité du terrain, du trafic, des réseaux et des clients, des enjeux pour la santé ou du type d'addiction que provoque le cannabis.

 

Enfin, il y a diabolisation car il est très facile d'entrer dans le débat de manière fracassante en dénonçant tel ou tel comme le nouvel "irresponsable" de la République, en dénonçant "la gauche pétard" plutôt que d'essayer d'apaiser et d'élever le débat.

 

Une telle approche ne laisse aucune place à une réflexion approfondie et sans tabou. Car des idées que nous n'avons pas encore essayées, il y en existe un certain nombre, puisque la répression est la seule politique publique que nous avons testée, avec "les résultats" que nous connaissons.

 

Pour ma part, je considère qu'une légalisation extrêmement contrôlée et un usage thérapeutique encadré – tout en conservant bien évidemment l'interdiction pour les moins de 18 ans comme pour l'alcool et le tabac – permettraient de sortir de l'impasse dans laquelle la logique de la "guerre à la drogue" nous enferme [2].

 

Enfin, l'obsession qui tourne autour du cannabis en France occulte le débat plus large que nous devrions avoir sur les drogues dans leur ensemble, notamment les drogues dures, et leur impact sur la santé publique. D'où l'intérêt de la proposition du corps médical et d'associations comme Act-up et Médecins du monde de créer des salles de consommation à moindre risque – un de ces centres, au moins, est d'ailleurs déjà prêt à Paris – comme il en existe en Allemagne ou en Suisse, mais à condition qu'on réfléchisse à leur localisation.

 

Pour qu'elles remplissent leur rôle de réduction des risques et qu'elles soient de réels endroits sécurisés et acceptés, les salles d'injection de drogues devraient être placées à proximité des hôpitaux et autres lieux médicalisés.

 

Cécile Duflot en début d'été, et Vincent Peillon hier, comme d'autres – François Rebsamen par exemple – n'ont fait qu'exprimer publiquement des solutions proposées régulièrement par des instances internationales et des spécialistes en addiction comme le docteur Lowenstein ; qu'on le veuille ou non, le débat n'est pas clos.