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thierry billet

Vice président Climat Air Energie du GRAND ANNECY

Indécente FESSENHEIM

Publié le 9 Juin 2013 par Thierry BILLET

Corinne LEPAGE parle d'or dans cet article où elle fustige EDF à propos des indemnités réclamées pour la fermeture de FESSENHEIM dont tout concourt à penser qu'elle ne sera pas faite d'ici la fin du quinquennat...


La demande indemnitaire d’EDF de 5 à 8 milliards d’euros pour fermer Fessenheim est indécente, mais elle n’est rendue possible que par une immense erreur (volontaire ?) de jugement due à l’inexpérience de la ministre de l’écologie et au double jeu de son administration. Elle traduit surtout l’emprise du lobby nucléaire sur le système démocratique.

La demande est indécente. Quand on est une société nationale, qui depuis 20 ans n’a pratiquement pas investi en France mais a utilisé la rente nucléaire, qui appartient à tous les Français, pour des investissements à l’étranger qui se sont révélés plus calamiteux les uns que les autres, et ce, sans aucune sanction, on se la joue modeste. Si Fessenheim (2 tranches de 900 MGw) rapporte 200 millions d’euros par an, cela signifie que les 58 tranches rapportent au moins 5,8 mds par an (en fait beaucoup plus puisque la plupart des tranches sont de 1300 MGw).

Où est passé cet argent et comment bénéficie t-il à la collectivité nationale ? Quels ont été les montants des investissements réalisés en France ? Comment une entreprise qui fait courir des risques à hauteur de 5000 milliards d’euros (estimation IRSN catastrophe majeure) à la collectivité nationale et qui n’a aucune assurance, si ce n’est celle de la Nation, qui a refusé délibérément de constituer des réserves à hauteur correcte pour assurer le démantèlement de ses ouvrages a-t-elle l’audace de réclamer quelle qu’indemnité que ce soit pour une décision de l’Etat auquel elle doit tout. A fortiori avoir le culot de réclamer 150 millions d’euros pour des investissements non amortis alors qu’il s« agit de travaux engagés quasiment de force pour s’opposer à la décision de fermeture prise par le Président de la République, mériterait de figurer au livre Guiness des records.

La question de la fermeture de Fessenheim n’est pas née du hasard, mais de la vétusté de cet ouvrage et surtout du cumul de risques qui préexistait à Fukushima mais qui est apparue dans toute son ampleur compte tenu de la similitude entre les 2 centrales, même si Fessenheim n’est pas exposé à un tsunami mais à une inondation aux conséquences catastrophiques puisque la centrale est construite 9 mètres en dessous du grand canal d’alsace. Du reste, le très récent guide de l’ASN exclut des constructions de cet ordre et prévoit de poser la question du maintien d’une centrale existante en cas d’exposition à un risque de cette nature.

Mais la ministre a choisi délibérément – ou a été conduite à valider le choix- de nier l’évidence et de justifier la fermeture de la centrale par une sorte de fait du prince. Ce faisant, elle a volontairement choisi d’exposer l’Etat à une demande indemnitaire, alors que la fermeture pour des raisons de sûreté était largement justifiée. Certes, l’ASN a décidé de prendre le risque de la prolongation de la durée de vie de cette centrale dangereuse et reconnue comme telle dans toute l’Europe. Mais cela n’aboutit qu’à une conclusion : le manque d’exigence de cette autorité certes indépendante mais composée uniquement de membres du lobby nucléaire et dont l’autonomie de jugement ne doit pas dépasser certaines limites. Rappelons que quelques jours après Fukushima, le 31 mars 2011, M. Lacoste, alors président de l’ASN avait indiqué étudier un moratoire sur Flamanville. Il n’avait pas fallu 48h à M. Proglio pour s’y opposer et obtenir un démenti de M. Lacoste !

Quoiqu’il en soit, la décision de fermeture d’une centrale à risque est le choix du gouvernement et l’ASN ne donne qu’un avis. Dès lors, le choix d’ignorer le risque et maintenir une décision de fermeture sur un changement de politique énergétique est soit un manque criant de professionnalisme, soit la volonté délibérée de laisser continuer la centrale, malgré les engagements pris d’abord pour des questions de délais et de droit déjà expliquées ensuite pour des questions financières car il va de soi que l’Etat ne peut et n’a pas à débourser un fifrelin pour la fermeture d’une centrale prévue pour durer 30 ans, qui a plus qu’amorti sa durée de vie et qui est dangereuse. Lorsque l’on connait le dossier, la question de la mise en danger délibérée d’autrui pourrait même être évoquée.

Dans tous les cas, une fois de plus, le caractère de pieuvre tentaculaire que présente le lobby nucléaire en France est illustré. En capacité de s’opposer à une décision du Président de la République, alors que l’Etat est actionnaire majoritaire d’EDF, le lobby nucléaire est plus fort que le système démocratique. L’existence d’un Etat dans l’Etat pose un réel problème démocratique et politique qui contribue largement à faire couler notre pays puisque ce lobby obtient des décisions contraires à l’intérêt général, à la croissance , à l’emploi et à la coopération franco-allemande dont il est une des plus grandes pierres d’achoppement. Jusqu’à quand allons-nous accepter une telle situation qui n’a pourtant guère l’air d’émouvoir l’aile verte de la majorité présidentielle ?

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