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thierry billet

Vice président Climat Air Energie du GRAND ANNECY

La croissance, leurre du bien-être

Publié le 10 Septembre 2013 par Thierry BILLET

Dominique MEDA livre, avec son nouveau bouquin "La mystique de la croissance", une contribution indispensable, tout comme l'avait été celui sur la fin de la valeur travail. Tandis que les productivistes s'enfoncent chaque jour davantage dans le credo mystificateur d'un retour à la croissance à laquelle ils sont prêts à tout sacrifier, Dominique MEDA, au sein du collectif "ROOSEVELT 2012" montre le caractère mystique d'une telle croyance, aux antipodes d'un choix durable et humaniste.


 

Et si l’absence de retour durable à la croissance était une bonne nouvelle ? Une occasion unique de changer radicalement de modèle ? Une fois refermé le percutant essai de rentrée de Dominique Méda, n’importe quel «productiviste» doté d’un minimum d’honnêteté intellectuelle aura du mal à soutenir que le retour au business as usual est une perspective d’avenir. Sauf à vouloir préparer le pire aux générations futures… Le plaidoyer de Dominique Méda montre l’urgence qu’il y a à sortir de cette «mystique de la croissance». Une mystique certes dépassée et de plus en plus illusoire mais qui reste ancrée dans nos consciences marquées par des siècles de «toujours plus».

Agrégée de philosophie, ancienne élève de l’ENA, professeure de sociologie à Paris-Dauphine où elle tient la chaire Reconversion écologique, travail, emploi et politiques sociales, l’auteure démontre à quel point la reconversion écologique constitue la seule alternative raisonnable qui s’offre à l’humanité. Enfin si l’on veut vraiment maintenir des conditions de vie humaines sur terre et permettre à tous d’accéder à un emploi dans un rapport renouvelé au travail… Pointant la contradiction entre l’impératif court-termiste du retour de la croissance et le fait que la croissance ne fait qu’accroître la facture climatique et environnementale, Dominique Meda appelle à reconstruire une «cause commune» planétaire. La thèse avait commencé à émerger avant 2008 mais l’approfondissement de la crise l’a rendue inaudible : la croissance est redevenue un mythe salvateur. Tout est donc à refaire pour sortir de notre religion du PIB, cette «occultation suprême» faisant fi des dégâts de la croissance.

L’ouvrage permet aussi de mieux comprendre d’où vient notre addiction au «toujours plus produire et consommer» : on a longtemps confondu croissance avec bien-être et progrès.

Plus grave, la mystique de la croissance focalisée sur la maximisation du profit est devenue une drogue dure de nos économies. La nouvelle religion du libéralisme. Cette vaste entreprise de «déréalisation» qui prend ses sources dans l’essor du christianisme, avance Dominique Meda, a introduit une rupture par rapport à la sagesse grecque et son sens de la mesure. Déconstruction d’une mystique de la croissance qui a connu son apogée au XXe siècle et a été partagée par tous les courants issus des Lumières, d’Adam Smith à Marx, cet appel à penser autrement passe en définitive par la fin de «l’économisme» triomphant. Une lecture aussi salutaire que stimulante.

«La Mystique de la croissance» de Dominique Meda. Flammarion, 250 pp., 17 euros. Sortie le 4 septembre.

Christophe ALIX, Libération.

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JULIEN René 10/09/2013 18:00


Où l'on parle de croissance et de multiplications :


http://www.judeopedia.org/blog/2007/08/22/croissez-et-multipliez/


 


Au passage , il était déjà question de démographie, de gestion des ressources ,voire de travail et de technologies .


 


Sur le seul sujet de la technologie , mes références philosophiques préférées vont à Herbert Marcuse ( l'homme unidimensionnel ) : " L'a priori technologique est un a priori politique dans
la mesure où la transformation de la nature entraine celle de l'homme, et dans la mesure où les créations faites par l'homme proviennent d'un ensemble social et y retournent" . Fukushima est une
illustration terrifiante. Par contre , on n'est même plus sur que les politiques soient au pilotage même par l'aval , l'amont n'étant plus alimenté que par les sources folles ( au sens
d'aliéné) de la bourse .


 


J'ai encore l'illusion de partager avec Jean Cazeneuve cette autre "vérité( l'Ethnologie ) : " La distinction entre les deux types de vie matérielle, celui qui consiste à piller la nature et
celui qui la tranforme (...) correspond à quelque chose de très profond."


 


Je crois aussi encore à la psychiatrie capable de faire sortir ce qui git dans ces profondeurs, mais je crains que la version pillage , de type de vie ,  devienne mort typique , et que le
plan B de la transformation soit alors sans objet .

JULIEN René 10/09/2013 12:09


Depuis qu'un imbécile a dit qu'il fallait croître et multiplier , le terme de croissance est un de ces mots tiroir et passe partout qui ne veut pas dire ce qu'il dit tant qu'on ne le définit pas
mieux.Si on le réduit à la seule définition de " l'économie" internationale , dont le seul mérite est de ne pas être ambidüe , on n'a pas grand chose à comprendre au "bonheur ", en dépit des
efforts de Stieglitz pour circonstancier la bête .


Mais les prix ne sont pas le bonheur , pas plus que les amours propres ne sont l'amour .


 


Combien de petits moyens et grands bourgeois , qui se sentent éventuellemnt en accord avec l'auteure , sont ils prêts à bousculer un peu leurs idées et petits conforts matériels , autrement
que par érosion lente et homéopathique , dans un projet social et politique qui , du passé et de la graisse coloniale ferait table rase ?


 


La servitude volontaire est le meilleur bouclier des folies du capitalisme fou .et une des cautions des inégalités .


Le manque d'imagination politique ( cf élections récentes) des Australeins et des Norvégiens est là pour en témoigner