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thierry billet

Vice président Climat Air Energie du GRAND ANNECY

La pierre a volé...

Publié le 16 Mai 2013 par Thierry BILLET in C'est personnel

La pierre a volé.

Mais qu'est-ce qu'elle faisait là, accroupie au bord de la route ? Ces gens-là vivent au ras du sol, accroupis. A croire qu'ils n'ont jamais mal aux genoux. On n'a pas vu la pierre voler, peut-être à cause de la conduite à gauche. Non, ce n'est pas cela, ça n'a rien à voir. Elle était du côté où les voitures roulent, bien sûr. Elle attendait quelqu'un. La pierre a volé. On aurait pu rouler à droite, ça n'aurait rien changé, sauf le pays.

Elle ne pouvait pas être avec ses copines en train de laver les tapis dans le torrent à KAGBENI, ou de faire la cuisine dans un lodge pas trop propre à MANANG, ou repiquer le riz à POKHARA, ou aider son mari à planter les pommes de terre à UPPER PISANG avec les maigrelettes vaches attelées à l'araire, ou vendre des bijoux de pacotille à JOMSOM ou mener ses gamins à l'école dans leurs uniformes immaculés sortant d'un bidonville crasseux à KATHMANDU ou assise au bord de son champ, la houe attachée dans le dos comme le veut la tradition, le téléphone portable à la main à BHULBULE ?

Non, elle était là, vers BENI, sur la route. Je ne sais plus si elle avait cette tâche rouge sur le front qu'arborent les pieuses femmes hindouistes avec fierté ou si elle était boudhiste et n'avait pas de tâche rouge sur le front : comment les reconnaîtrait-on sinon ?

Nous, nous roulions sur la route défoncée. Elle était au bord de la route. En fait, je ne crois pas que la pierre ait volé. J'en suis même sûr. Elle n'a pas volé.

Mais elle aurait pu voler, tant la route était semée de pierres volatiles et la dame assise comme si il n'y avait qu'elle et pas de véhicules sautant de trous en bosses dans la poussière et les gaz d'échappement. Elle attendait avec d'autres, indifférente au trafic un peu dingue de véhicules surchargés de gens, bringuebalant de partout, jamais assez remplis, comme si il y avait une issue de secours inconnue des passagers pour entasser encore plus de monde dans un espace de plus en plus réduit. La pierre n'a pas volé. Elle est juste tombée sur la route avant notre passage. Alors on a poussé ce qu'on a pu, les petites, pas la grosse qui ne bougeait pas d'un pouce... Et on est passé à côté. D'autres plus nombreux l'auront peut-être poussée dans le précipice. Ou bien pas.

Elle attendait son enfant qui rentrait dans un "school bus" pas trop chargé dans son uniforme moins impeccable. Elle était boudhiste, elle n'avait pas de marque rouge sur le front. Ou alors elle ne croyait plus en rien, sauf au retour de son enfant de l'école.


DSCN1649.JPG

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Daniel 16/05/2013 11:38


Bien belle évocation !