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thierry billet

Écologiste annécien

Tenté d'arrêter...

Publié le 11 Juin 2013 par Thierry BILLET in C'est personnel

La perspective des prochaines élections municipales oblige à se poser la question : "Stop ou encore ?". L'autre jour, dans le Canard Enchaîné, on pouvait lire qu'un élu vert de PARIS annonçait son départ car il s'était rendu compte que la seule vraie raison qu'il trouvait à rester était de continuer de percevoir son indemnité d'élu. Il en avait conclu qu'il fallait qu'il arrête et vite !

Pour un élu aussi honnête avec lui-même, combien vont continuer par simple routine, pour le prestige de la fonction, pour un peu de sous en plus, pour ne pas laisser la place ?

Il me faut me poser sincèrement la question au terme de mon premier mandat dans une majorité municipale.

Et bien sûr, cela nécessite de replacer l'action quotidienne dans le contexte politique difficile d'aujourd'hui.

J'ai toujours pensé depuis mon adolescence que la politique était le moyen privilégié de changer le monde. Que l'engagement politique était la quintescence de l'engagement citoyen. Et je ne suis plus sûr de le croire...

Ni l'engagement syndical, ni l'engagement associatif ne me paraissaient suffisants ni satisfaisants si l'on voulait être efficace.

La lecture de GRAMSCI et la question stratégique de la "direction culturelle" d'une société m'ont persuadé que l'enjeu idéologique était déterminant. Cette bataille idéologique est incessante : globalement elle oppose  l'individualisme égoïste à la solidarité collective. On voit bien combien les années TATCHER-REAGAN ont marqué la victoire culturelle de l'individu roi se moquant des faibles. Et combien le développement des initiatives citoyennes en faveur de la reprise en mains de l'économie est aujourd'hui le moyen inventé par la société civile pour se réapproprier localement une économie devenue folle de sa financiarisation.

Cette bataille culturelle nous occupe pleinement aujourd'hui. La question du mariage des homosexuels est une autre facette de cette bataille culturelle entre le repli sur ses propres valeurs et la volonté de partager et de comprendre.

L'éclatement de tous les système corporatifs complexifie encore plus les débats : chaque individu est traversé par ces débats sans que les structures sociales auxquelles il appartient le déterminent comme par le passé. L'Eglise, le travail, l'appartenance sociale ne suffisent plus à influencer sûrement et définitivement ni le vote, ni la pratique sociale.

Ni l'archétype de l'ouvrier métallo à la CGT et au PCF, ni celui du paysans savoyard catholique pratiquant dévoué à la démocratie chrétienne ne sont aujourd'hui opératoires.

Ces "contradictions" au sein du même individu entre - par exemple - le soutien au mariage homosexuel et le refus farouche de la réduction du temps de travail rendent difficiles une réponse politique "progressiste" unifiée au sein du même projet de société. De ce fait, les programmes politiques deviennent la traduction des réponses d'un parti aux sondages d'opinion qui rendent compte de ce patchwork idéologique au sein de la société.

Le Parti n'élabore plus un projet de société (l'autogestion, le socialisme,...), il répond à des expressions individuelles sans chercher à les unifier. Il ne convainct plus sur un projet global, il cherche à ne pas trop déplaire pour ne pas récolter un vote "sanction" (cf. les atermoiements de l'UMP sur l'abrogation du mariage homosexuel).

Ce mode d'élaboration explique que le Parti ne se sente pas réellement engagé par ce qu'il a voté. Il s'agit d'obtenir à l'instant "T" une majorité électorale en fédérant des aspirations éparses sans unification idéologique, sans un projet de société.

Une fois élu, le programme est immédiatement oublié et les engagements reniés (le crédit revolving immobilier chez SARKOZY, la fermeture de FESSENHEIM chez HOLLANDE).

On mandate une commission ad hoc qui va avoir pour objet de détricoter ce que les adhérents du Parti ont voté à une écrasante majorité (la commission JOSPIN sur le cumul des mandats...).

Bref, le Parti ne se comporte plus en "intellectuel collectif" mais comme une machine électorale alimentée par les instituts de sondage et où les batailles pour contrôler l'appareil sont prééminentes.

J'ai pensé pendant vingt ans que les VERTS pouvaient permettre d'élaborer ce projet collectif global écologiste en proposant un projet de société cohérent autour de la sobriété et de la solidarité. Malgré l'embellie d'EUROPE ECOLOGIE, je ne le crois plus. Le cynisme d'un Jean-Vincent PLACE ou d'une Cécile DUFLOT suffisent à discréditer cet espoir. L'important est d'être au pouvoir, le reste peut attendre.

Le projet écologiste s'élabore aujourd'hui dans les associations environnementales et sociales autour  de l'épargne solidaire, de la protection de la terre nourricière, etc. EELV est désormais plus un repoussoir de la crédibilité du projet écologiste qu'une contribution à son développement. Je ne dirais pas la même chose en ALLEMAGNE à l'égard des Grünen; mais en France aujourd'hui, l'écologie politique est dans une posture intenable entre un discours sur "la politique autrement" et des pratiques politiques internes pires qu'au Parti socialiste.

Ce constat m'amène à m'interroger sur mon engagement politique.

Le Festival de la Transition à CLUNY, l'autre samedi, et la déclaration finale des associations en faveur de la transition citoyenne, en dehors de tout parti politique, m'ont bouleversé.

Une masse croissante de citoyens fonctionne comme si ils n'attendaient plus rien de la politique. Les plus écoeurés s'abstiennent ou votent F HAINE.

Les plus actifs, les plus optimistes, ont décidé de ne plus attendre des changements électoraux pour changer leur vie en profondeur, par exemple sur l'utilisation de leur argent avec la NEF ou ENERGIE PARTAGEE... Ils recherchent le contact avec la Terre dans des jardins partagés, etc. La transition se jouerait donc ici et maintenant, au plan local, sans attendre. Cette frange de la population ne se pose plus la question du changement politique à venir, elle fait maintenant sans attendre.

Pour moi qui était persuadé que la politique était l'alpha et l'oméga de l'action citoyenne, et donc de ma vie sociale, ce désenchantement vis à vis de la politique est une profonde remise en cause plutôt déprimante. Alors "Stop ou encore" ?

Où mon action est-elle la plus efficace pour faire avancer concrètement la transition énergétique indispensable ? Je n'ai pas encore ma réponse.