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thierry billet

Écologiste annécien

La Ville de l'aprés pétrole...

Publié le 26 Décembre 2011 par Thierry BILLET

 

 
économiste et urbaniste, fondateur d'Urbatopie
Nos sociétés et nos villes doivent se préparer à fonctionner avec un pétrole plus rare et plus cher. Et si une des solutions était de consommer moins ? A l'image d'une "ville frugale", cherchant plus de satisfactions avec moins de ressources.

Pompe à vélo publique à Anvers : exemple d'intelligence frugale.

La notion de ville intelligente est aujourd'hui étroitement associée à l'idée d'une nécessaire mutation de notre mode de ville.
 
Si chaque grande étape de l'aventure urbaine a été portée par des innovations techniques (le train, l'ascenseur, la voiture...), il faut rappeler que celles-ci ont toujours été associées à d'autres évolutions dans les champs de l'organisation économique, sociale ou spatiale. La ville verticale a pu se développer grâce à l'ascenseur et à la charpente métallique, mais aussi parce qu'elle répondait à une logique économique et au « désir de hauteur » d'une partie de la population. De même, la ville automobile s'est imposée parce qu'elle a su rentrer en parfaite résonance avec les attentes de la société de consommation.
 
L'apport des technologies numériques à la ville du XXIe siècle sera donc d'autant plus fort et rapide qu'il saura résonner avec d'autres évolutions. Lesquelles ? Il faut bien dire que la question a été longtemps escamotée. Au début des années 1980, beaucoup de prospectivistes (comme Alvin Toffler) ont ainsi cru que les technologies numériques allaient spontanément favoriser une répartition plus équilibrée des activités sur le territoire. Or, l'économie de la connaissance s'est, au contraire, polarisées dans quelques grandes régions urbaines. Une même erreur d'appréciation a été commise avec la domotique. Si, elle s'est peut développée, en dépit de ses formidables possibilités techniques, c'est qu'elle n'a pas encore rencontré les attentes de convivialité et de symbolique attachées à la maison. 
 
Contrairement à la voiture, la plupart des applications numériques ne sont pas directement désirables. Elles permettent en revanche de rendre plus désirables des objets ou des machines aussi divers que le vélo (devenu Vélib'), le téléphone (devenu mobile) ou le métro (devenu automatique). En conséquence, elles ne déterminent pas, a priori, une forme urbaine particulière. Elles pourront être appliquées à la mise en œuvre de belles machines urbaines, desservies par des véhicules électriques automatisés et pilotés par un ordinateur central. Mais elles autorisent aussi des visions plus ludiques, comme celle développée par Georges Amar, directeur de la prospective à la RATP, qui voit plutôt la mobilité de demain dominée par l'association « téléphone mobile + marche à pied »
 
En fait, il y a de fortes chances que les attentes et contraintes de notre siècle fasse émerger non pas un seul modèle urbain mais plusieurs. D'une part, parce que ces attentes et contraintes (écologiques, énergétiques, économiques) diffèrent fortement entre les continents et les régions. D'autre part, parce que les solutions techniques (transport, énergie, construction..) et les formes urbaines permettant d'y répondre sont aujourd'hui très nombreuses.

LA VILLE FRUGALE, UN NOUVEL ART DE VIVRE ECONOME
 
Les modèles qui s'imposeront auront cependant pour point commun de proposer une articulation cohérente entre des contraintes, des attentes, des solutions techniques et des formes urbaines. Cette cohérence ne tombera pas du ciel. Elle sera le produit de stratégies relativement élaborées, comme l'ont montré les villes aujourd'hui les plus regardées (Barcelone, Copenhague, Lyon...). La ville intelligente sera donc nécessairement une ville stratège, une ville capable de jouer simultanément sur plusieurs registres pour atteindre un objectif (transport et santé, urbanisme et transport, culture et économie...).
 
Pour l'Europe, on peut faire le pari que cette ville intelligente sera aussi une ville frugale, c'est-à-dire une ville cherchant à produire plus de satisfactions avec moins de ressources. Les villes européennes consomment déjà deux fois moins d'énergie que les villes nord américaines, et plusieurs d'entre elles se sont engagées à diviser cette consommation par un facteur 4. Elles ajoutent à l'ambition écologique une préoccupation stratégique (réduire leur forte dépendance par rapport aux ressources importées) mais aussi la volonté de maîtriser des coûts urbains (loyers, carburants, impôts locaux) qui, depuis dix ans, n'ont cessé de déraper.
 
Elles peuvent s'appuyer sur une démocratie locale particulièrement active et sur les attentes d'une population qui, sans être farouchement écologiste, valorise fortement les notions de santé, de simplicité, et de retour au naturel. Elles disposent, en outre, d'un patrimoine urbain à forte attractivité, et d'une connexion à réseau ferré rapide qui, bientôt, desservira toute l'Europe.
 
Leur intelligence consistera à substituer méthodiquement de la matière grise à la matière (ou de l'information à l'énergie), mais aussi à rendre cette substitution désirable.

 

Merci à Benjamin MARIAS de m'avoir signalé cet excellent article sur le Monde.fr