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thierry billet

Les négationnistes du climat chez EDF

12 Août 2026 , Rédigé par Thierry BILLET

Et voilà qu'EDF est contrainte d'arrêter ou de mettre en veilleuse de plus en plus de réacteurs nucléaires car l'eau de refroidissement des réacteurs devient insupportable pour les fleuves dans lesquels EDF la rejette. Et voilà qu'EDF communique pour s'excuser que ce serait du fait de "contraintes environnementales".

Voilà donc comment EDF perçoit les arrêtés qui empêchent de liquider toute vie aquatique dans les fleuves surchauffés par les canicules à répétition : une contrainte environnementale; alors que ce sont les centrales nucléaires qui exercent sur les milieux naturels une contrainte existentielle.  

Bien entendu, cette communication est raccord avec les antiennes de MACRON à LE PEN sur l'écologie punitive qui enquiquine les gens et gâchent leur quotidien.

Après-tout qu'est-ce qu'on en a à fiche des poissons, cette contrainte environnementale déplorâble ?

Franchement, laissez nous tuer les poissons pour pouvoir climatiser tous ces logements dont nos concitoyens ne pourront pas sortir puisqu'il fait trop chaud dehors. Ils pourront passer encore plus de temps sur les réseaux sociaux à regarder des images de poissons vivants générés par l'intelligence artificielle.  L'avenir est devant nous, radieux et nucléarisé...

Glups, quel cauchemar vivons-nous... Celui que raconte Yannick JADOT dans cette tribune du MONDE :

La France est en burn-out climatique. Des milliers de morts victimes des canicules, les mégafeux ravageurs, les maisons brûlées, la flore et la faune sauvages dévastées, des millions d’animaux morts dans les élevages, les cultures cramées, les hôpitaux au bord de la rupture, des logements devenus inhabitables, des classes fermées, des trains supprimés, des réacteurs nucléaires arrêtés, des festivals annulés… Partout la sidération. Tout est exceptionnel mais tout était prévu, donc prévisible. Et ce n’est que le début. En matière de climat, il y a ceux qui en meurent, et il y a ceux qui en vivent.

Des autocrates organisent notre addiction au pétrole et au gaz, déclenchent des guerres, bombardent les populations civiles, provoquent des chocs pétroliers. Nous en payons la facture climatique et le prix à la station-service. Des groupes comme TotalEnergies, profiteurs de guerre en Russie et au Moyen-Orient, s’enrichissent comme jamais. Et puis il y a nos gouvernements climato-arrangeants, qui préfèrent pactiser avec les pires lobbys plutôt que d’engager la mobilisation générale pour sortir le plus vite possible des énergies fossiles.

Et toujours l’extrême droite, ce charognard politique, se repaît du chaos, exploite les souffrances individuelles et les défaillances de l’Etat, organise la résignation et nourrit la tentation autoritaire. Tous pensent encore pouvoir s’arranger avec la réalité. Mais on ne négocie pas avec la science.

Il nous faut en finir avec cette « drôle de guerre » climatique. La menace est connue, existentielle, palpable. Les citoyens et les forces vives se sont mobilisés. Mais les gouvernements procrastinent, par déni, lâcheté et cupidité. C’est la débâcle. Ne doutons pourtant pas de la brutalité de la campagne que vont mener la droite et l’extrême droite contre l’écologie, pour masquer leur coupable incurie et conserver leurs rentes politiques et économiques. Les boucs émissaires sont tout trouvés : les écologistes ! On connaît la chanson. Les écologistes alertent ? Ils sont catastrophistes. Ils anticipent et proposent ? Ils sont irresponsables et punitifs. Les catastrophes surviennent ? Ils sont incompétents.

Tordons d’abord le cou au concept d’inaction climatique. Ne rien faire, laisser faire, c’est agir contre le climat ! Réduire les moyens de la sécurité civile, saborder les investissements dans l’isolation thermique des bâtiments, les énergies renouvelables, les transports collectifs, l’électrification du parc automobile, la décarbonation de l’industrie, l’agroécologie, c’est agir.

Chaque renoncement attise les flammes des mégafeux, ouvre les vannes des inondations, pousse le thermostat des canicules, assèche les cours d’eau et les sols, produit des chocs toujours plus meurtriers et infiniment plus coûteux que les économies budgétaires recherchées. Derrière chaque décision, il y a des vies sauvées ou des vies perdues ; l’habitabilité préservée du logement, du territoire, de la planète, ou des conditions de vie dégradées ; la liberté de répondre dignement et de manière qualitative aux besoins essentiels, de s’épanouir et de vivre ensemble, ou un régime de privation régi par le chaos, la compétition pour les ressources, les conflits.

Les solutions sont déjà là

Il n’y a pas d’un côté ceux qui porteraient le fardeau des ruptures à engager et, de l’autre, ceux qui laisseraient les Français tranquilles. C’est un mensonge criminel de prétendre protéger nos modes de vie sans rien changer de notre organisation économique, sociale et politique. Climatosceptiques et climato-arrangeants sont des capitulards qui nous condamnent au pire.

Agissons donc, comme une évidence. Comme un élan de vie et de civilisation. La bonne nouvelle, c’est que les solutions pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et nous adapter aux chocs climatiques sont déjà là, portées par des citoyens, des forces vives, des entreprises, des collectivités locales, des élus. Elles doivent être démocratiques, car les transformations à engager sont telles et les délais si contraints qu’elles ne peuvent se déployer sans – ou pis, contre – les citoyens. Elles doivent être justes et clairement identifier ceux qui vont en bénéficier – les plus fragiles en priorité – et ceux qui vont en assumer le coût parce qu’ils le peuvent.

Oui, les écologistes ont eu raison avant les autres. Cela n’a malheureusement pas suffi, mais cela nous donne la force, l’expérience et l’efficacité d’une vision systémique du diagnostic et des solutions. Depuis longtemps, nous sommes plus que des lanceurs d’alerte. Du Parlement européen aux conseils municipaux, nous sommes des acteurs et des élus engagés.

Nous ne nous résignons ni au chaos climatique ni à la débâcle démocratique. Nous faisons au contraire le choix de la liberté et de la souveraineté, celui d’usines, de fermes, d’emplois, de culture et de services publics sur tous nos territoires, plutôt que la soumission aux régimes de Vladimir Poutine, de Xi Jinping, de Donald Trump et des pétromonarchies du Golfe.

Face à une société traumatisée par les chocs qu’elle subit, précarisée par un capitalisme devenu sauvage, angoissée par des transformations qu’elle sait indispensables, un nouveau cycle politique doit urgemment s’ouvrir.

L’écologie doit dorénavant s’ancrer jusqu’à l’obsession dans le concret, le quotidien, le vécu, le territoire. Une écologie qui ne se contente pas de conjurer les risques mais éprouve les solutions, promeut la démocratie partout (locale, délibérative, sociale, représentative, participative, internationale), embrasse les enjeux du travail, de l’entreprise, de la réindustrialisation verte comme ceux de l’école, de l’hôpital, de la justice et de la sécurité publique. Car c’est là que se jouent la dignité et la fierté retrouvées, que se bâtit la réconciliation de notre pays avec son avenir et avec lui-même. C’est ainsi que l’écologie politique sera utile dans les moments sombres que nous affrontons et qu’elle repassera à l’offensive dans les élections présidentielle et législatives qui viennent.

Yannick Jadot est sénateur écologiste de Paris, auteur de « Climat : la drôle de guerre » (Denoël, 2025).

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