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Écologiste annécien

Centre de Congrès : mes questions.

Enormément de monde à la réunion d'information sur la construction du Centre de Congrès à ALBIGNY hier soir. Beaucoup d'interrogations sur l'implantation à cet endroit-là. Pour ma part, je suis intervenu sur la question du modèle économique et du financement de cet investissement qui me laisse sceptique, alors que l'on apprenait simultanément que la FRANCE perdait son "AAA" :

La construction du Centre des Congrès à ALBIGNY se heurte à de puissantes contestations qui portent essentiellement sur sa localisation.

 

Il me semble utile d'aborder d'autres aspects :

  • celui du modèle économique de ce Centre de congrès, de sa rentabilité interne et de son impact externe,

  • et celui de la capacité de l'agglomération à le financer tant en investissement qu'en fonctionnement.

 

Le modèle économique :

 

L'absence d'opérateur privé pour une délégation de service public :

Il convient d'abord de se rappeler que, dans le mandat précédent, la C2A a tenté de confier à un opérateur privé une délégation de service public intégrant la construction et le fonctionnement d'un Centre de Congrès à ANNECY.

 

Il n'y a eu AUCUN candidat pour répondre à cet appel d'offres.

Aucun opérateur privé de ce secteur n'a jugé pertinent sur le plan économique de placer de l'argent dans un projet de Centre de Congrès à ANNECY; c'est à dire qu'il n'a pas estimé que le fonctionnement du Centre de Congrès pouvait lui rapporter suffisamment d'argent pour payer l'investissement réalisé.

Ce point est essentiel.

Nous nous situons dans une économie de marché et les opérateurs privés n'ont pas jugé pertinente la création d'un Centre de Congrès à ANNECY.

Dès lors, persévérer dans cette voie, alors qu'il n'y a pas de modèle économique privé apparaît déjà problématique.

Pour quelle raison la C2A prendrait-elle en charge sur les finances publiques la mise en oeuvre d'un équipement qui n'est pas jugé économiquement fondé par les professionnels du secteur concerné ?

La sollicitation des contribuables de l'agglomération pour financer un projet que le secteur privé estime trop risqué pour même seulement passer du temps dans la préparation d'un dossier de réponse à l'appel à projet doit nous interroger.

Pour quelle raison la collectivité investirait-elle non pas dans un équipement destiné au bien être de la population (école, maison de retraite, salle de concert,...) mais dans un équipement dédié au développement d'une activité marchande sans contre partie de caractère social ni environnemental ?

 

D'une manière générale, l'agglomération n'a pas vocation à conduire des actions de soutien direct à telle ou telle branche d'activités.

 

Elle n'a pas non plus à se substituer aux acteurs économiques locaux qui espèrent ou souhaitent un équipement pour leur permettre de développer leur chiffre d'affaires. Elle peut les accompagner,les aider; mais dans le dossier actuel, l'impulsion de ce dossier de Centre de congrès n'est pas porté par le monde économique qui se donne les moyens de financer cet équipement pour développer son attractivité, son rayonnement et son activité. Ce dossier n'est pas porté par le monde économique : la C2A se substitue à lui pour porter un dossier économique qui n'a pas de rentabilité propre.

 

Le remplissage des chambres d'hôtel en période « creuse » :

La justification économique donnée à cet investissement est de permettre le développement du tourisme d'affaire, de manière à compléter l'offre touristique annécienne en dehors des périodes de fréquentation touristique de loisirs.

 

La question est celle de l'existence et de l'importance de ce « trou » de fréquentation touristique.

 

Même si l'on admettait qu'il appartient à la C2A de financer un équipement dans ce but, il convient de se poser la question de l'existence réelle de ce manque d'activités saisonnier, de son importance, et de sa durée.

 

Il convient de s'assurer, que si il existe, les catégories d'hôtel et la capacité hôtelière actuelles sont adaptées au tourisme d'affaire.

De ce point de vue, l'étude  ne donne aucun élément précis, fiable, actualisé...

 

Or la fréquentation touristique annécienne est en développement constant.

 

Pour de nombreux annéciens, il y a déjà trop d'activités touristiques dans notre Ville...

 

Si l'on prend l'exemple de la CNLA (compagnie des bateaux), chaque année, la date du Lac en Partage est reportée car la fréquentation touristique s'étend de plus en plus en automne... La notoriété acquise par la Ville auprès des touristes étrangers notamment permet de s'interroger sur l'utilité d'un remplissage complémentaire des hôtels.

 

En tout état de cause, la concertation doit permettre d'obtenir des chiffres fiables et actualisés concernant les périodes de faible remplissage, leur ampleur, et l'adéquation entre ces dates et cette ampleur avec les possibilités d'organisation des Congrès à ANNECY.

 

Si le tourisme d'affaires se réalise à des dates déjà remplies pour nos hôteliers, il n'y a plus d'objet au Centre de Congrès.

 

Le financement :  

L'étude économique : 14 emplois directs, moins de 100 emplois indirects

 

L'étude de faisabilité donne les chiffres de création de 14 emplois directs et de moins de 100 emplois indirects.

 

Si le chiffre des emplois directs est simple à établir en comparaison des équipements existants de même taille, celui des emplois indirects n'est étayé par aucun élément fiable.

 

Il faut d'abord considérer la faiblesse de la création d'emplois directs : 14 pour 40 à 50 millions d'euros d'investissement, cela fait 3,5 millions d'euros par emploi !

 

L'étude annonce des dépenses moyennes par congressiste établies sans aucune précision quant à leur fiabilité. Ces dépenses n'ont rien à voir selon le type de congrès et de congressistes (or on ne sait pas quels congrès viendront à ANNECY), ils dépendent des dates auxquelles le congrès a lieu, si le congressiste vient seul ou accompagné, etc.

 

L'étude ne dit rien des évolutions récentes des organismes internationaux et des entreprises en matière de participation et d'organisation de congrès.

 

A l'heure de la vidéo conférence, d'une gestion plus raisonnable des frais de fonctionnement des groupes internationaux et nationaux, de la fermeture pour manque de rentabilité de la ligne aérienne ANNECY > PARIS, quels sont les scénarios de croissance ou de décroissance du marché des Congrès au plan national et européen ?

 

La contrainte de l'énergie chère (le baril de pétrole est à 110 $ alors que la croissance économique est atone) renforcera la tendance à la limitation des déplacements non indispensables, comme le sont les congrès.

 

La limitation de la gabegie des laboratoires pharmaceutiques, grands organisateurs de ce type de manifestations pour promener le corps médical et ses conjoints, pour ne donner que cet autre exemple, permet de considérer que le temps des dépenses inconsidérées est derrière nous.

 

Il nous faut identifier et analyser ces scénarios d'ici l'issue de la concertation.

 

Même si l'on croit au chiffre de 100 emplois indirects, cela fait 114 emplois au total, soit un coût moyen de la création d'emplois de 400.000 euros par emploi créé !

 

C'est un chiffre déraisonnable.

 

L'argument selon lequel le tourisme d'affaire génère de l'installation d'emplois car les participants aux congrès veulent revenir s'installer près du lieu de ce congrès qu'ils ont découvert, mérite examen. Ils seraient ainsi incités à créer des entreprises là où ils ont été séduits par le cadre d'un congrès professionnel.

 

C'est une bien belle histoire. Mais quels exemples peuvent être donnés ? Ils doivent l'être dans le cadre de la concertation... si ils existent.

 

Imaginons même que ce l'ait été dans un site méconnu, découvert grâce à un Congrès par un décideur économique qui soit en capacité de prendre cette décision de création ex nihilo d'une entreprise.

 

Mais ANNECY qui est la 4° destination touristique en FRANCE pour les étrangers ?

 

Quel annécien en annonçant partout en FRANCE qu'il vient d'ANNECY n'a pas entendu « Ah, quelle chance vous avez d'habiter là-bas ? ».

 

Quel annécien s'est heurté au fait que personne dans son entourage ne connaissait ANNECY ?

 

Et que donc nous aurions un manque de notoriété que pallierait la création du Centre de congrès ?

 

Cet argument ne tient pas.


Quel décideur économique susceptible de décider de la création d'une entreprise en FRANCE et en EUROPE n'a jamais entendu parler d'ANNECY ? Quel pourcentage n'y est jamais venu ?

En tous cas, cet argument doit être documenté de manière précise si il est invoqué en soutien de la construction du Centre de congrès.

 

Le « petit équilibre » n'est jamais atteint : combien coûtera le Centre de Congrès en fonctionnement courant, hors investissement ?

 

Loin d'être une entreprise qui s'équilibre dans son fonctionnement ( le « petit «équilibre »), les Centres de congrès sont des structures qui n'arrivent même pas à financer leur propre fonctionnement.

 

Les subventions directes d'équilibre (200.000 euros par an pour la C2A avec le Centre des congrès actuel) sont légion.

 

Pour les cacher dans les budgets, diverses méthodes notamment par la mise à disposition de moyens humains et de services par les collectivités sont mises en place.

 

L'étude est muette sur ce point.

 

Elle doit être complétée en ce sens : il n'est pas raisonnable de créer une source annuelle pérenne de déficit alors que l'agglomération doit « serrer les boulons » de sa gestion, et qu'elle n'aurait pas les moyens d'embaucher un chargé de mission « climat » !

 

La capacité d'investissement de la C2A et le coût du projet :

Mais la dernière question à se poser est celle de la capacité d'investissement de la C2A.

 

Il semble que l'agglomération ne puisse investir que 12 millions d'euros par an dans les prochaines années.

 

C'est sur ce chiffre qu'un consensus ait été obtenu, et c'est ce qui a été présenté au Conseil d'agglomération.

 

Or, le coût du Centre de congrès est a minima de 48 millions d'euros.

 

En admettant ce chiffre qui est peut-être minoré, et qui peut donner lieu à toutes les surprises compte tenu de la nature du terrain et de l'enfouissement indispensable du projet architectural

 

L'installation sur le tènement BALLEYDIER coûtait moins cher puisque la Ville d'ANNECY avait décidé de donner le terrain. ANNECY LE VIEUX ne fait pas de même, alors que l'installation se fait sur son territoire. Cette différence de contribution de la commune d'accueil doit donc être prise en considération par les autres communes de la C2A. Qui veut l'installation d'un équipement communautaire sur son territoire doit y contribuer en comparaison des autres possibilités ouvertes sur l'ensemble des communes de l'agglomération.

 

Est-il envisageable que la C2A consacre 4 années pleines de budget d'investissement pour financer le Centre de Congrès alors que les besoins d'investissement au service de la population sont criants dans d'autres domaines ? 

Est-il envisageable d'investir autant dans un équipement qui ne sera pas ouvert aux habitants du bassin de vie et qui sera opérationnel quelques dizaines de jours par an ?

A quel taux trouverons nous à emprunter pour réaliser ce pari ? Trouverons nous d'ailleurs des banques pour ce faire, alors que les collectivités locales ont le plus grand mal à obtenir des prêts ?

 

Conclusion :


La C2A, dans un budget contraint, doit privilégier les investissements créateurs de qualité de vie pour ses habitants, conformes aux engagement éco responsables qu'elle a pris, et permettant la création du plus grand nombre d'emplois locaux non délocalisables.

 

Mes questions :

  • La C2A peut-elle décider de consacrer 4 années d'investissement au seul Centre de congrès ?
  • La C2A peut-elle grever son budget de fonctionnement d'une somme inconnue, mais a minima de plusieurs centaines de milliers d'euros annuellement, pour parvenir à l'équilibre du fonctionnement ?
  • La C2A n'a t'elle pas mieux à faire sur le plan de son adaptation à la nouvelle donne économique (renchérissement du prix de l'énergie, changements climatiques, etc.) que d'investir dans un projet qui ne sera pas utilisé par les habitants et sera fermé 300 jours par année ?
  • La C2A a t'elle calculé la création d'emplois générés par le Centre de Congrès et celle qui serait créée par l'investissement de la même somme dans une politique d'efficacité énergétique sur tout le territoire du bassin annécien ?  De la même manière, quel serait cet impact sur le budget de fonctionnement de la C2A (cf. point 2) ?

En résumé, la construction de ce Centre de congrès est-elle de nature à assurer une meilleure résilience du territoire de l'agglomération à la crise économique, financière et écologique que nous traversons ? La preuve n'en est aujourd'hui pas apportée de mon point de vue. Nous verrons ce qu'apportent les ateliers de travail sur le sujet.

 

J'emprunte à MEDIAPART, cette analyse économique suite à la perte du triple A pour ses conséquences sur les collectivités locales :

  • Les collectivités locales fragilisées 

Les collectivités locales n’avaient pas besoin de cela. Depuis la faillite de Dexia, elles ont déjà le plus grand mal à trouver des crédits. Le gouvernement a dû débloquer en urgence une ligne de crédit de 4 milliards d’euros à la fin de l’année pour leur permettre d’assurer leur financement. La dégradation de la France va encore compliquer la situation.

Paris et la région Ile-de-France ont déjà été placés sous «surveillance négative», dès mercredi. Leur dégradation paraît inévitable, aux dires de Standard &Poor’s. Même si le nombre de collectivités territoriales notées est assez restreint, une trentaine environ, les répercussions vont se faire sentir sur l’ensemble. Les emprunts des villes, déjà difficiles à obtenir, vont être examinés à la loupe et pour beaucoup refusés. Taxes, impôts en tout genre risquent de fleurir pour équilibrer les budgets.

François Fillon va être content. Le premier ministre, qui demandait à ce que les collectivités locales se mettent au régime sec, va enfin avoir gain de cause, et même au-delà. Plus tard, le chef du gouvernement réalisera peut-être les conséquences de ce qu’il demandait: 70% de l’investissement public est réalisé par les collectivités territoriales. C’était le dernier petit souffle pour soutenir  la croissance en France.


 

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