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Écologiste annécien

Les agriculteurs et les pesticides

LE MONDE vient de consacrer une série d'articles passionnants à l'impact des pesticides sur la santé des agriculteurs qui les utilisent. Tout y est. Des conflits d'intérêts au sein de la Mutualité sociale agricole qui assure les risques professionnels  au refus de prendre en compte le travail réel des agriculteurs pour estimer la toxicité des produits, de la surestimation de l'efficacité des tenues de travail pour protéger les professionnels (la "permutation" de ces combinaisons de travail qui peuvent aggraver de manière significative l'exposition au lieu de la restreindre), LE MONDE passe en revue de manière détaillée comment les industriels des pesticides ont corrompu les guides méthodologiques qui ne sont pas écrits par des organismes indépendants, mais directement par des employés de l'agro-industrie. Pour ne donner que cet exemple du "travail réel" bien connu des ergonomes qui consiste à observer la réalité du travail des opérateurs, les difficultés qu'ils rencontrent (le vent, les buses de la sulfateuse qui se bouchent, la nécessité de souffler dedans pour les déboucher car les pesticides s'accumulent et colmatent, le vidage des cuves en fin de traitement, etc.), il faut ensuite le comparer au "travail prescrit". c'est à dire  mesurer l'écart avec les protocoles artificiels des bureaux d'études des industriels qui ont servi de base à l'étude de la toxicité de ces produits. La sous-estimation du risque est de l'ordre de 90% puisqu'aucun dysfonctionnement n'est pris en compte dans les modèles de l'agro-industrie. Ils veulent faire croire que les agriculteurs travaillent sur le terrain comme leurs éprouvettes dans leurs laboratoires. Et si il y a un problème, c'est que l'agriculteur n'a pas respecté les consignes. On masque ainsi la toxicité réelle du produit pour l'homme, autant qu'on l'a masquée pour l'environnement. 

La perversité du système est accrue par le fait que l'agriculteur qui utilise ces produits est aujourd'hui informé des polémiques scientifiques que suscite leur impact sur l'environnement, à commencer par les abeilles. Et malgré cela, la consommation des pesticides ne faiblit pas. Dès lors comment se plaindre quand on tombe malade d'un produit qu'on voulait ne pas croire toxique pour le vivant ?  La sous-évaluation des maladies professionnelles agricoles trouve ici une de ses raisons, et le syndicat professionnel majoritaire qui revendique l'usage des pesticides, la FNSEA,  joue son rôle au sein des instances de  la Mutualité sociale agricole pour freiner tout le processus de reconnaissance qui prend des années et se révèle un parcours du combattant pour les agriculteurs malades.

LE MONDE rappelle d'ailleurs (mais c'est vrai pour tous les tableaux de maladies professionnelles) que rien n'est scientifique dans la publication de nouveaux tableaux : tout est négocié entre les partenaires sociaux, les industriels et les ministères. Dans le régime général, un certain équilibre existe entre syndicats employeurs et salariés. Dans le régime agricole, c'est un seul syndicat pro-pesticides qui représente les agriculteurs : ça avance encore moins vite. Et l'externalisation des risques avance vite : désormais, ce sont des entreprises spécialisées qui effectuent certains travaux exposant à des risques particuliers; une façon de noyer ceux-ci dans une masse d'intervenants qui ne pourront jamais prouver leur exposition à un produit toxique.

 

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