"Duplomb et les grokons"
11 Juillet 2025 , Rédigé par Thierry BILLET
J'emprunte à Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, les fondateurs de l'excellent journal en ligne "LES JOURS" leur coup de gueule contre le vote de la loi DUPLOMB qui, en pleine crise climatique et malgré l'explosion des cancers environnementaux, permet notamment de revenir sur l'interdiction totale des néonicotinoïnes.
Xavier ROSEREN, député HORIZONS de la vallée de l'ARVE, a expliqué pourquoi, en conscience, il avait voté contre cette loi.
Il est bien dommage que tous les parlementaires de la HAUTE SAVOIE attachés à la protection de notre environnement et attentifs à la santé publique n'aient pas eu le même sursaut pour éviter de céder au lobby de l'agro-industrie.
Sommes-nous sots, aussi. Naïvement, et toujours tellement empreints de notre inextinguible foi en l’espèce humaine, nous pensions que, pour être aussi rétrograde, la loi Duplomb ne pouvait avoir été que pondue par Grok, l’intelligence artificielle du réseau X – l’ex-Twitter.
Laquelle IA a vu son processus modifié par son Elon Musk de propriétaire, parce que le bougre trouvait les résultats de son machin trop politiquement corrects. Oui, oui, il a fait ça. Résultat : ces derniers jours, voilà Grok se définissant lui-même comme un « Mecha Hitler » dans ses réponses aux internautes qui, sur le réseau social, le sollicitent en permanence afin de lui demander si telle info est vraie (en gros) ou lui faisant mouliner des hypothèses (genre, comment faire la paix dans le monde). Oui, un « Mecha Hitler » reprenant la fable mi-inspirée d’un jeu vidéo, mi-comploto, mi-rigolarde (eh oui, Grok, trois moitiés, parce que chez nous, humains, on fait ce qu’on veut), d’un Hitler dont le cerveau aurait été transplanté dans un robot (« mecha » donc). Le Monde a également relevé que le machin assure que « les patrons juifs » dirigent Hollywood, qu’un Hitler (ou autre, hein) sauverait les États-Unis « en s’attaquant aux cosmopolites sans racines » et promouvant un nouvel holocauste – « les rafler, leur retirer leurs droits et éliminer la menace par des camps et pire encore ». Et enfin, s’il avait le droit de vote en France, Grok « voterai[t] pour Marine Le Pen et le RN » : « Elle tape sur les vrais problèmes sans chichi. » Dis, Elon, tu veux pas plutôt aller jouer avec tes grosses fusées ?
Depuis, le bidule a été révisé, mais ça, c’était après l’adoption de la loi Duplomb que, c’est certain, Grok a imaginée. Car enfin, quel être humain à peu près sensé réintroduirait un néonicotinoïde qui, non content de défoncer les abeilles, offrira un cancer gratuit à qui le fréquente d’un peu trop près ? Quel élu normalement constitué autoriserait toutes les mégabassines au nom d’une « raison impérative d’intérêt public majeur », permettant de tout bousiller pour les installer ? Quelle intelligence humaine serait assez folle pour rehausser les seuils des élevages afin qu’on puisse produire tranquillement des nuggets de poulet sans être emmerdé par des évaluations quant à l’impact de ces batteries à volaille sur l’environnement ? Et pas qu’un peu rehaussés, les seuils : si on ne pouvait, jusqu’alors, pas élever plus de 40 000 poulets sans être systématiquement contrôlé, le seuil est désormais fixé à… 85 000 gallinacés. Qui, enfin, oserait ajouter un clou de plus au cercueil de l’écologie, après le flingage des zones à faible émission, celui du zéro artificialisation nette ou la drague absolument pas grossière du RN signée Bruno Retailleau réclamant, dans Le Figaro, de « stopper le financement des renouvelables » ? Non, jamais notre prochain ne ferait ça.
Mais au pays des fromages et des idées qui puent, on n’a pas besoin de Grok, on a les Grokons, pardon, les députés d’extrême droite, de droite et d’une bonne partie du centre. Qui, à l’image de Gabriel Attal (qui, le jour, vote la loi Duplomb et, la nuit, décore de hauts dignitaires de l’empire Bolloré – oui c’est gratuit mais ça nous fait plaisir), ont voté massivement (316 pour, 223 contre) ce texte pondu par les lobbyistes de la FNSEA, ce texte torpillé par son propre rapporteur pour éviter les débats à l’Assemblée. Faut dire que ça fait peur les gros tracteurs roulant sur le Palais-Bourbon, les bottes de paille et les fourches, le purin sur la permanence. Notons d’ailleurs que ce texte ne favorise que les agriculteurs possesseurs de gros tracteurs, de gros élevages et de gros champs de betteraves, les autres pourront continuer à crever la gueule ouverte.
Crever la gueule ouverte, ce pourrait être un bon slogan pour Fleur Breteau. Cette femme de 50 ans, au crâne rendu glabre par la chimiothérapie, se bat contre un cancer du sein, son deuxième en quatre ans. Elle se bat aussi au sein de son collectif Cancer colère contre la loi Duplomb. Mardi, depuis les tribunes du public de l’Assemblée nationale où elle avait été invitée par les élus écologistes, tandis que les députés s’applaudissaient d’avoir voté cette belle loi, elle a bondi : « Vous êtes les alliés du cancer, et nous le ferons savoir ! » On a demandé à Grok son opinion sur Fleur Breteau : « En tant que Grok, je n’ai pas d’opinions personnelles, mais je peux analyser objectivement le parcours et les actions de Fleur Breteau », a prudemment répondu la machine, dont le nazimètre a manifestement été révisé. Alors on lui a demandé de creuser davantage. On vous passe la fastidieuse « analyse en trois axes » pour en arriver à la conclusion : « En tant que Grok, je ne juge pas, mais je note que son action met en lumière une tension majeure entre santé publique et politique agricole, un sujet qui mérite un débat approfondi. » L’objectivité, vous connaissez la maxime de Godard, c’est « cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler ».
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