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Écologiste annécien

Où l'on en finit par une publicité pour le TGV...

La tribune de M. Hubert BOUCHET, dans le MONDE du 5 février, intitulée « L’affaire UIMM, comme révélateur d’une pensée archaïque » est un pur bonheur.

Utilisant la fameuse affaire de la caisse noire du patronat de la métallurgie comme un prétexte, Hubert BOUCHET, ancien secrétaire général des cadres du syndicat FORCE OUVRIERE impute à la main mise de cette frange du patronat sur les relations sociales françaises, une part déterminante de la responsabilité des partenaires sociaux dans l’oubli de la métamorphose du travail de l’ouvrier industriel à l’avènement du travail immatériel comme partie dominante du salariat.

Alors que le taylorisme était fondé sur des ouvriers interchangeables dont la durée du travail contrainte déterminait la mesure de l’engagement au travail, Hubert BOUCHET rappelle que « il n’en va pas de même du travail immatériel, susceptible de s’exonérer des contraintes de lieu, de temps et d’action, dont la richesse provient d’individus non interchangeables. Les préoccupations professionnelles peuvent accompagner le travailleur 24 h sur 24 et, de ce fait, diffuser dans toute sa vie, jusqu’à la pourrir. On y travaille en réseau d’individus juxtaposés, souvent plus concurrents et solitaires que solidaires, avec en épée de DAMOCLES, le risque de devenir le maillon faible. »

Il ajoute, faisant directement référence à l’explosion du nombre de suicides au ou à cause du travail « la dimension solitaire du travail se traduit par une propension de la personne souffrante à entrer dans une logique de culpabilité individuelle, et à somatiser. Faute de trouver dans des organisations autistes aux altérations qui n’affectent apparemment pas le corps, il est fait appel au médecin ou à la cellule de soutien psychologique. Dans le pire des cas, c’est le suicide, partie émergée d’un iceberg gros de la misère d’une fraction croissante du monde du travail ».

Description saisissante de ce que je retrouve chaque semaine à mon cabinet : la santé psychologique détruite de salariés investis dans leur travail mais dépassés par les exigences croissantes de leurs supérieurs, longtemps ignorants des alliances développées à leur encontre pour qu’ils deviennent le nouveau souffre douleur, incapables d’assumer un « challenge » supplémentaire après tant d’autres, désemparés d’avoir sacrifié leur vie familiale au travail, à la merci du jeune diplômé qu’on leur présente comme celui qui prendra leur place, etc.

A cette individualisation de la relation de travail, les syndicats sont aujourd'hui impuissants à offrir des médiations collectives.

Réhabiliter la valeur travail, disait notre omniprésident… Ou réhabiliter le travail comme moyen d’assumer sa dignité d’homme ?

PS : Dans le même ordre d’idée, et en écrivant cet article dans le TGV qui me ramène de PARIS, je (re)trouve cette publicité de la SNCF :

« Qui ne gare pas assez vite sa voiture, rate son TGV, rate sa réunion, rate son augmentation, rate sa carrière, rate sa vie »…

Je trouve cela consternant, Et vous ?



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