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thierry billet

Écologiste annécien

Les Verts, vers une maturité politique ?

Publié le 12 Septembre 2008 par Thierry BILLET in C'est personnel


Repris de MEDIAPART, cet entretien avec Cécile DUFLOT, secrétaire nationale des VERTS, avec Stéphane Alliès

 Ce week-end, les Verts vont entériner lors de leur conseil national interrégional (Cnir) leur volonté de faire liste commune avec José Bové et des militants associatifs (Greenpeace, FondationN icolas-Hulot…), en vue des élections européennes. Cécile Duflot, secrétaire générale du parti écologiste, fait également le point sur les rapports entre les Verts et le parti socialiste, ainsi que sur le prochain congrès de son mouvement (en décembre), où elle brigue un
nouveau mandat.

À la dernière présidentielle, tout le monde a préempté l'écologie dans
ses programmes. L'écologie politique a-t-elle alors un sens?


Depuis le pacte écologique de Nicolas Hulot, tout le monde s'estattribué la thématique de l'environnement. Le tout était  de savoir si tout le monde était vraiment devenu écolo, y compris les adversaires d'hier. Aujourd'hui, alors qu'un accord général s'est fait autour du diagnostic de la crise écologique, certains voudraient faire croire qu'on n'a plus besoin de l'écologie politique. Mais sur les réponses à cette crise, ce sont bien les écologistes politiques qui les portent, car ils sont encore les seuls à avoir un discours de rupture.


Vous êtes critique vis-à-vis du Grenelle de l'environnement. Mais
remettez-vous en cause les mesures qui en sont issues ou seulement
leur application?


Il y a un vrai point positif, c'est d'avoir réuni tout le monde autour de la table et d'avoir fait prendre conscience à tous les acteurs, patrons comme syndicats, de l'urgence de la crise. Mais la traduction concrète des discussions, ce sont surtout des reniements. Sur les OGM,mais aussi sur la question du fret ou des transports. Les conclusions pouvaient déjà paraître édulcorées à certains. Depuis qu'elles ont été passées à la moulinette des lobbies et des administrations, il y a une déprime post-Grenelle...


Etes-vous optimiste pour le devenir de l'écologie politique?

Nous entrons dans le troisième temps de l'écologie politique. Après le temps de la dénonciation et celui de la prise de la responsabilité, vient celui de la prise de conscience d'un profond changement. Le vrai résultat du Grenelle pour nous a été de se dire: «N'ayons plus peur d'aller jusqu'au bout de nos propositions. Ne soyons pas seulement ambitieux, mais aussi réalistes.» La dynamique que nous construisons pour les élections européennes vient également de ce constat-là, partagé par les responsables d'association: désormais, il faut que les réponses politiques soient à la hauteur. Non plus des petites adaptations à la réalité mais des réformes en profondeur.

Avec une liste axée sur l'environnementalisme pour les prochaines
européennes, les Verts reviennent-ils au «ni droite, ni gauche»?


Aujourd'hui, tout le monde, Nicolas Hulot compris, a conscience que la question environnementale n'est pas dissociable de la question sociale. L'écologie politique est une pensée différente, en rupture avec le libéralisme mais aussi avec le productivisme. Les solutions écologistes sont en dehors des vieilles grilles de lecture politiques.
Elles sont incompatibles avec le libéralisme de droite et aussi le libéralisme de gauche, qui ressemble souvent à celui de droite. Mais les écologistes ne peuvent passer d'alliances qu'à gauche car ils sont en accord avec l'héritage de la gauche, en termes d'égalité des droits et de justice sociale. L'écologie politique, c'est la régulation et la prévision à long terme.


Que peuvent apporter les associatifs aux Verts en matière politique?


Il y a une logique de partage. Les Verts ont un engagement qu'on ne peut leur contester. Mais l'engagement associatif est tout aussi important. Cette rencontre de deux manières de faire de la politique doit permettre de faire sens pour convaincre de la nécessité d'une radicalité écologique au niveau européen.

Cette dynamique peut-elle se prolonger après le scrutin européen?

Il faut avancer pas à pas et déjà réussir à mettre la question écologique au centre du débat électoral. Ensuite, est-ce que cela prendra une autre dimension, je l'espère. Mais c'est en n'ayant pas de préjugés sur l'issue de ce mouvement qu'on le construira de la meilleure manière possible, dans le respect des uns et des autres.

Comment exister politiquement au Parlement européen, face à la
cogestion des deux principaux groupes (Parti socialiste européen et
Parti populaire européen)?


Tout d'abord, il faut prendre conscience de ce qu'est le Parlement européen, le seul espace politique supra-national. C'est quand même dommage de voir comment en France il est considéré comme une maison de retraite par les autres partis. Le groupe Vert a une autonomie d'action certaine et une capacité de travail souvent bien plus forte.
Etant donné les champs d'intervention de l'Assemblée (environnement, pêche, agriculture), les eurodéputés Verts sont les plus concernés et se sont imposés au fil des ans comme une réelle force de proposition.
A nous maintenant de faire entendre une autre voix, fidèle à nos engagements anciens, comme le fédéralisme par exemple, dans la campagne européenne.



Est-il possible de s'autonomiser des socialistes au niveau européen,
tout en restant leur partenaire au niveau français?


Ce qui nous intéresse, c'est comment faire changer en profondeur notre modèle de développement. Cette question, elle se pose d'abord à nos partenaires. Même si François Hollande a eu un discours intéressant à notre université d'été, la route est encore longue sur nombre de questions (temps de travail, transports, agriculture, énergie). Et si
on ne prend pas le temps de discuter en détail de ce qui nous rapproche et de pointer nos désaccords, les alliances de bric et de broc réalisées à la dernière minute n'aboutiront à rien. A défaut d'accéder tout de suite au pouvoir, nous voulons peser le plus possible sur l'évolution de notre pays. Ce qui est tout à fait compatible avec notre démarche européenne.


Qu'attendez-vous de la nouvelle direction du PS qui va sortir du
congrès de Reims?


On a trop connu les divisions internes chez les Verts pour donner de quelconques leçons sur le débat démocratique au PS. Ce que j'espère, c'est que la discussion va continuer avec les socialistes, et pour cela il faut être deux. Mais ce que j'espère vraiment de leur part, c'est qu'ils tirent enfin les leçons du 21 avril et essaient de comprendre les raisons de l'abstention. Un couvercle a alors été mis sur la recherche de ses causes et il n'a pas été levé depuis.

 Lors des dernières municipales, Dominique Voynet a gagné à Montreuil
contre une liste PC/PS et dans des villes comme Roubaix, Grenoble ou
Montpellier, les Verts se sont autonomisés du PS et se sont hissés
autour de 20%...


Il y a sept ans, les Verts ont fait de très bons scores. Peut-être qu'à Roubaix, Grenoble et Montpellier, les Verts gagneront dans six ans... En tout cas, dans toutes ces municipalités, la ligne est la même pour tous les candidats, ce qui n'est pas le cas du PS, qui a préféré se rallier au Modem voire à la droite. Si les Verts sont cohérents, les socialistes ont à se mettre d'accord sur leurs alliances et leur choix politique. Quand on voit les scores, on voit que les électeurs se sont bien rendu compte de ce qui se passait.


En décembre aura lieu le congrès des Verts. Va-t-on assister à de
nouveaux déchirements internes?


Les Verts ont évolué et tiré un certain nombre de leçons. Mais en même temps, nous sommes attachés au débat démocratique et n'avons pas envie de faire comme à l'UMP où on amuse la galerie, alors que les couteaux sont affûtés en coulisses. Ce qui est intéressant, c'est qu'on ne peut pas dire aujourd'hui que les Verts sont rangés dans des courants. Les personnes évoluent au gré des débats et c'est très bien ainsi.


Vous avez appelé à une synthèse des différentes sensibilités. Vous
voulez devenir le François Hollande des Verts?


Mon état d'esprit est très ouvert. L'idée est de se mettre d'accord sur une plate-forme qui dégagerait un compromis commun nous permettant de travailler sereinement, notamment pendant les prochaines européennes. J'espère que tous les militants seront dans ce même état d'esprit. Pour apaiser les choses, il faut que quelqu'un fasse le premier pas. Et c'est ce que j'ai fait. Nos nouveaux statuts permettront de toute façon d'intégrer à la direction toutes les
sensibilités.


En résumé, vous vous représentez à la tête des Verts et vous espérez
que tout le monde se retrouve derrière vous...


Je ne pense pas être géniale ni la meilleure secrétaire générale des Verts de tous les temps mais je pense qu'un message de continuité et de stabilité serait une bonne chose au moment où on essaie de réunir toutes les composantes de l'écologie politique. Cela ne signifie pas l'unanimisme forcé, il doit y avoir des débats politiques. Mais ils peuvent avoir lieu sans guéguerre intestine et petites phrases agressives.