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thierry billet

Écologiste annécien

Grenelle grillé...

Publié le 1 Octobre 2008 par Thierry BILLET in Environnement


Plus personne ne se fait d'illusions sur les suites du GRENELLE de l'environnement.
Plus personne ne fait confiance au gouvernement ni à la majorité présidentielle pour prendre les mesures qui s'imposent.
En voici le dernier exemple sur l'énergie, grâce à un article de MEDIAPART :


Nouvelle brèche dans les promesses du Grenelle de l'environnement, et de taille: le chauffage électrique bénéficie d'un traitement de faveur dans le projet de loi adopté mardi 30 septembre par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale.
Alors que, désormais, toutes les constructions neuves devront respecter un seuil de consommation d'énergie inférieur à leur niveau actuel, les bâtiments chauffés à l'électricité échapperont en partie à cette restriction.
C'est ce texte qui sera soumis au débat parlementaire à partir du 7 octobre.


En effet, le plafond maximum autorisé par la loi (50 kilowattheures par mètre carré et par an en moyenne ) sera relevé «à raison inverse des émissions de gaz à effet de serre générés par l'énergie utilisée». En clair, moins une énergie émet du carbone, plus elle aura le droit d'être consommée au-dessus de la limitation s'appliquant aux autres.

Première visée... la filière du chauffage électrique, peu productrice de gaz à effet de serre grâce au nucléaire. Pourtant, chauffer à l'électricité est très coûteux en énergie du fait de la déperdition entre énergies primaire (la source de production) et finale (qui arrive dans le radiateur du consommateur). Selon les calculs de l'association negaWatt, les pertes en énergie de la production d'électricité sont considérables: la production d'un kilowattheure électrique demande presque trois fois et demi de plus d'énergies primaires. Ce sont ainsi 2,4 kWh qui se perdraient pour chaque kilowattheure consommé, dissipés en chaleur dans l'environnement.


Ce gaspillage atteint, selon l'association, près de 1300 milliards de kWh par an, soit l'équivalent du double de l'énergie totale utilisée pour le chauffage en France. Sans oublier de lourdes factures pour les ménages. Au ministère de l'environnement, on martèle : «La meilleure consommation, c'est celle qu'on ne fait pas.» Autrement dit, priorité aux énergies les plus économes... En France, 70% des constructions neuves sont équipées de chauffage électrique, 60% de chauffage électrique à effet Joule (convecteurs, radiants, plafonds rayonnants, planchers chauffants, chaudières électriques).

Combat homérique

Lors de l'audition de Jean-Louis Borloo par les députés, le 17 septembre dernier, Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, avait beaucoup insisté pour que l'objectif de basse consommation soit combiné avec celui de réduction des émissions de CO2.

Le ministre de l'environnement l'avait alors rassuré, au nom d'un argument inattendu : la protection des énergies renouvelables... «Je compte réexaminer, avec les énergéticiens français, la rédaction du décret concernant la modulation des 50 kilowattheures (...) Ce serait un comble si un tel seuil entraînait l'éviction, par exemple, de l'électricité éolienne au profit du fioul.» Député Vert, Yves Cochet a dénoncé l'adoption de l'amendement par les parlementaires : «C'est évidemment le nucléaire, dans l'esprit des auteurs de l'amendement!»

Pour Thierry Salomon, président de l'association negaWatt : «Le seuil de 50 kWh, c'était la fin du chauffage électrique. EDF, les fabricants de convecteurs, la filière électrique ont crié au scandale. Au sein du Grenelle, le combat fut homérique... Pourtant, le chauffage électrique émet aussi du CO2: les centrales nucléaires ne parviennent pas à répondre aux pics de consommation d'énergie l'hiver, la France doit donc pour répondre à cette demande continuer à s'équiper en centrales fonctionnant avec des énergies fossiles et importer du gaz, brûlé dans les centrales thermiques.»

Ironie du calendrier: le même jour que la version consolidée du projet de loi Grenelle I était votée par les parlementaires, Nathalie Kosciusko-Morizet déclarait au Monde:

«On a surtout un problème avec le chauffage électrique en France. Son développement a été une erreur (...) cela entraîne des pics de consommation d'électricité en hiver. Et cela coûte très cher aux consommateurs. C'est une folie française de vouloir transformer l'électricité en chaleur, une aberration du point de vue thermodynamique!»

Le projet de loi Grenelle I doit être débattu par les députés à partir du 7 octobre.