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thierry billet

Écologiste annécien

"L'invention de la violence" par Laurent MUCCHIELLI

Publié le 3 Janvier 2012 par Thierry BILLET

Depuis des années que l'on nous rebât les oreilles avec l'insécurité grandissante qu'il conviendrait de distinguer du "sentiment d'insécurité" diffus que chacun d'entre nous constaterait, voilà que Laurent MUCCHIELLI remet les pendules à l'heure dans un ouvrage remarquablement étayé : "L'invention de la violence".

Il est impossible de résumer cet ouvrage fourmillant d'informations sociologiques de premier ordre sur la réalité des violences exercées en FRANCE depuis les années 1960.

Mais globalement, MUCCHIELLI montre : 1/ il n'y a pas d'augmentation de la violence et 2/ notre seuil d'acceptation sociale de comportements déviants a largement diminué.

En lisant MUCCHIELLI, je repensais à la bande annonce du film de POLANSKI "Carnage" à propos d'une bagarre entre deux enfants de dix ans. C'est l'un des aspects du livre de montrer combien est devenue pernicieuse le signalement systématique de toute bagarre à l'école au Parquet et aux services de police... Ou l'irresponsabilité des adultes de confier à la police le soin de régler un conflit familial.

MUCCHIELLI va plus loin en regroupant, type d'infraction par type d'infraction, non seulement les statistiques du Ministère de l'Intérieur qui dispose de tous les moyens d'orienter la collecte des statistiques dans le sens voulu par le Ministre, mais les enquêtes de "victimation", c'est à dire des enquêtes sur une population donnée où on l'interroge sur les infractions qu'elle a subies au cours de la dernière période (qu'elles aient été déclarées ou pas) et de comparer ces résultats sur longue période.

Et bien, toutes ces statistiques montrent une stabilité des faits évoqués.

"Insistons donc sur cette proposition centrale : si un processus de pacification des moeurs tend à réduire le recours à la violence, c'est parce qu'il a pour conséquence première de la stigmatiser, de la délégitimer. D'où un paradoxe qui n'est qu'apparent : le sentiment général d'une aygmentation des comportements violents accompagne l'accélération de leur déconciation, mais aussi la stagnation, voire le recul, de leur fréquence réelle. Notre société ne supporte plus la violence, ne lui accorde plus de légitimité, ne lui reconnaît plus de sens. D'où la banalisation de l'expression "violence gratuite", qui est pourtant sociologiquement absurde : en effet, les agressions ont toujours des mobiles, si incompréhensibles, dérisoires ou disproportionnés qu'ils puissent paraître aux yeux de la plupart d'entre nous. Notre seuil de tolérance à l'égard de comportements violents jadis admis continue de s'affaisser. Du coup, ces comportements changent de statut." (Page 216).

Citant l'explosion des condamnations liées à la "violence routière" qui ne sont pour la plupart que des excès de vitesse que l'on ne tolère plus (et tant mieux), MUCCHIELLI montre le détournement du terme "violence" qui ne recouvre nullement le comportement des personnes verbalisées à tour de bras et qui n'ont aucun comportement violent. Mais l'acception sociale du mot "violent" a profondément changé.

Il faudrait rendre obligatoire la lecture de MUCCHIELLI à l'Ecole nationale de la Magistrature, à l'Ecole des commissaires de police, et partout où des décisions doivent être prises en matière de libertés publiques.

En tous les cas, courez acheter ce bouquin,

MUCCHIELLI a un blog:

www.laurent-mucchielli.org