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thierry billet

Écologiste annécien

Braconnage : Un loup abattu au Petit-Bornand-les-Glières

Publié le 21 Février 2009 par Thierry BILLET in Environnement


Je partage l'avis de la FRAPNA après le meurtre d'un loup par un chasseur du PETIT BORNAND, tel que l'exprime Eric FERAILLE, son président, dans un communiqué de presse.

Un loup a été abattu la semaine dernière en dehors de tout cadre légal sur la commune du Petit Bornand-les-Glières. Le loup fait partie des espèces protégées dans notre pays et est classée à l’annexe I de la Convention de Berne, indiquant qu’il s’agit d’une espèce vulnérable.

Si le « prélèvement » d’un individu peut être autorisé à titre dérogatoire par l’autorité administrative, toute « destruction » en dehors de ce cadre très restrictif est strictement prohibée. Il ne s’agit donc pas d’un simple acte de braconnage mais d’une destruction délibérée d’espèce protégée.

D’autre part, le chasseur mis en cause semble avoir justifié son acte par le fait que le loup avait tué un chamois ! Ceci ne saurait constituer un motif pour abattre un prédateur que le législateur a décidé de protéger. Il est intolérable qu’un individu se permette de violer la loi et de porter atteinte à la biodiversité au motif d’une soi-disant concurrence avec des prédateurs naturels.

La FRAPNA condamne avec la plus grande fermeté ce stupide acte de braconnage et a décidé de porter plainte contre l’auteur des faits. Nous saluons également l’efficacité des services de gendarmerie et des autorités judiciaires dont l’action a permis la mise en examen du suspect, ce dernier ayant reconnu les faits. 

La FRAPNA souhaite que le calme et le recul qui ont jusqu’alors prévalu dans notre département de Haute-Savoie redeviennent de mise. Nous comprenons les réactions du monde agricole et du monde de la chasse vis à vis de la présence du loup, mais nous ne pensons pas que la situation objective justifie une telle « poussée de fièvre ». Avec l’hiver rigoureux qui fait descendre les « espèces gibier » en fond de vallée, les chasseurs semblent réaliser avec une émotion mal maîtrisée que le loup est bien présent sur le massif des Bornes-Aravis. 

La FRAPNA qui a toujours adopté une attitude responsable et pragmatique sur ce dossier a pris contact avec ses interlocuteurs des services de l’Etat, des syndicats agricoles, de la Fédération des Chasseurs et les parlementaires afin de clarifier la situation et son positionnement. Nous souhaitons vivement que les impacts de la présence du loup sur la faune sauvage fassent l’objet d’études scientifiques et de constats partagés, plutôt que d’affirmations péremptoires basées sur des idées préconçues. En effet, pour ne citer que cet élément, le déclin des chamois sur le secteur « des Glières » est bien antérieur à la présence du loup et vraisemblablement en rapport avec la conjugaison d’une pression de chasse trop importante, de dérangements par l’activité touristique, le loup ne venant que renforcer une tendance de déclin déjà bien amorcée. Nous souhaiterions avant toute décision hâtive pouvoir prendre connaissance des résultats provisoires de l’étude menée par l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) sur l’impact du loup sur la faune sauvage et aussi des attributions et réalisations de plan de chasse dans les départements des alpes du sud (04, 05 et 06) dans lesquels le loup est présent depuis 15 ans.
 
Nous souhaiterions également que les impacts du loup sur l’élevage en montagne soient analysés avec rigueur et que l’on en finisse avec la rhétorique syndicale de « l’incompatibilité entre présence du loup et élevage ». Ces slogans stéréotypés et stériles devraient céder le pas à des considérations plus constructives permettant d’expérimenter des mesures adaptées aux spécificités de notre département. A cet égard, la demande de tir hivernal du loup par les éleveurs et les chasseurs nous paraît non seulement provocatrice au regard de l’acte de braconnage récent, mais également irréaliste si l’on considère le cadre légal de l’arrêté interministériel. Plutôt que de prôner des mesures non réalistes sur le plan réglementaire et qui n’ont de plus aucunement prouvé leur efficacité, travailler dans le cadre légal au développement des moyens adaptés pour cibler un éventuel individu montrant une préférence pour des proies domestiques plutôt que de demander à « tirer dans le tas ».

Toutefois, nous tenons à souligner que la profession agricole, bien que subissant des préjudices économiques et des contraintes réelles, est restée dans la stricte légalité. Le prétendu chasseur du Petit Bornand aurait bien fait de s’en inspirer.

Concernant les pseudos impacts du loup sur le tourisme en montagne, le loup est plus un moteur qu’un frein. Il n’a, à notre connaissance, et depuis la bête du Gévaudan, jamais attaqué et encore moins mordu l’homme en dehors des zones ou la rage sévit de manière endémique.

D’autre part, les chiens patous ont toujours été présents dans les Pyrénées occidentales et n’ont jamais empêché la pratique de la randonnée. Seulement quand un chien vous signale par ses aboiements que vous entrez dans la zone qu’il considère comme son territoire, le bon sens commande de faire un détour !

Nos élus feraient mieux de s’attaquer aux vraies causes de la désaffection pour le tourisme estival en montagne : la surfréquentation des espaces par les véhicules à moteurs et la destruction des paysages par l’industrie du ski !
 
En conclusion, nous rappelons notre attachement indéfectible à l’Etat de droit et au principe de légalité.

Une éventuelle régulation du loup dans notre département ne peut selon nous se concevoir que sur une base scientifique et faisant l’objet d’une analyse partagée en comité départemental. Nous ne doutons pas que si elle a lieu, la rencontre que M. le député Lionel Tardy souhaite organiser entre M. le Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable et les acteurs de la problématique loup inclura les représentants légitimes de France Nature Environnement sur notre territoire à savoir la FRAPNA Haute-Savoie. Il serait inadmissible que notre mouvement soit tenu à l’écart du processus de concertation. A cet égard, nous dénonçons avec force les tentatives de pression unilatérale exercées par certains acteurs sur l’administration et ce en dehors du cadre institutionnel. 
 
Pour la FRAPNA 74
Le président
Eric Féraille