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thierry billet

Écologiste annécien

Eva Joly, l’atout centriste du jeu de cartes écologiste

Publié le 23 Février 2009 par Thierry BILLET in Environnement

Européennes. Virée avec la colistière de Daniel Cohn-Bendit qui fut courtisée par le Modem.

Matthieu ECOIFFIER

Libération

Soixante-huitard libertaire, mais toujours galant avec les dames. Jeudi soir, pour leur première virée politique, Daniel Cohn-Bendit est passé chercher Eva Joly, sa colistière aux européennes, en bas de son domicile parisien, à Montparnasse.


Sitôt assis dans la voiture en route pour une réunion publique à Corbeil (Essonne), il l’amuse. «Ce matin, j’étais à Bruxelles écouter Václav Klaus [président tchèque de l’UE, ndlr]. C’était le carnaval. Il a pratiquement comparé l’Europe à l’Union soviétique et dit que la crise actuelle était due à trop de régulation européenne.» «Ah ! évidemment…» sourit l’ex-juge d’instruction de l’affaire Elf. «Aujourd’hui est un grand jour, je vais avec Dany. C’est notre première réunion ensemble.» Et, à 65 ans, un baptême du feu politique. «C’est très différent de mon ancien métier, où j’étais habituée à pointer les problèmes. En politique, il faut aussi proposer des solutions.»


Joutes. Après le tandem avec Laurence Vichnievsky, sa collègue du pôle financier de Paris, et sept ans passés auprès du gouvernement norvégien comme conseillère anticorruption, revoilà Eva Joly en duo avec l’ex-trublion de Mai 1968. «Je n’étais pas prête pour l’action publique avant. Maintenant, je sens que c’est le moment. Avec Dany, on représente une catégorie spéciale de politiciens. Je pense que personne ne contestera notre intégrité. On n’est pas bling-bling.»

Il est truculent et extraverti, elle est timide et réservée. Elle est franco-norvégienne, lui franco-allemand. «Sauf que Dany, c’est carrément le cœur de l’Europe, moi, je suis plus périphérique.» Que le courant passe entre l’ex-magistrate et l’eurodéputé depuis 1994, en lice pour un dernier mandat, est une condition sine qua non de la réussite du rassemblement des écologistes qui va de José Bové aux amis de Nicolas Hulot. «Eva Joly, c’est typiquement la personnalité de contenu. Elle incarne la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, une certaine idée de la régulation de la mondialisation. Sa présence montre qu’Europe Ecologie s’ouvre aussi bien à gauche, avec Bové, qu’au centre», explique Cohn-Bendit. Qui a réussi à piquer «Eva» à François Bayrou : «Elle a participé à la convention sur l’Europe du Modem [en juin 2008, ndlr], mais Bayrou l’a fait lambiner.» «Dany» lui a proposé d’être tête de liste. Se disant «débutante», elle a préféré être «numéro 2 de cordée» en Ile-de-France, derrière lui. Pour qu’elle soit élue le 7 juin, il leur faudra dépasser les 12 % des voix.

Un pari loin d’être gagné. «Les premiers sondages, explique Pascal Durand, le coordinateur de la campagne, nous donnaient 11 %, dont un quart de personnes non-affiliées à des partis. Dans le dernier, si on est à 7 % et Bayrou à 13 %, c’est parce qu’ils sont aussi tentés par le Modem.» Avec Eva Joly, l’objectif est de grappiller des voix au centre. Encore faut-il que la candidate tienne la route. La dureté des joutes politique ? «Je n’y pense pas. J’en ai tellement vécu.» Le film de Claude Chabrol qui romançait l’affaire Elf, faisant payer à la juge sa ténacité professionnelle par un drame personnel ? «C’est sa vision, vu de son canapé avec ses chips et ses bières. On ne s’est jamais rencontrés, il ne me connaît pas.» La page est tournée. Elle préfère se projeter dans le futur : «En avril, je serai à plein temps en campagne avec beaucoup de réunions, de rencontres.» Une pause : «Savez-vous comment Ségolène tient ? Avec des vitamines et beaucoup de sommeil ?» Au printemps, elle publiera un livre de portraits de «héros inconnus»


Micro. 21 heures. Une bonne centaine de personnes, des militants Verts, écolos associatifs et quelques curieux ont rempli la salle du cinéma de Corbeil. «Les gens se demandent ce qu’elle fait là», relève Cohn-Bendit. Au micro, Eva Joly se taille une place qui détone et élargit le spectre écologiste. La voix est douce, la syntaxe baroque à la manière d’une Jane Birkin. Et les arguments se veulent implacables. Elle tacle Tony Blair et Nicolas Sarkozy qui mettent «le bouton stop aux enquêtes gênantes». Et Patrick Ouart, le conseiller justice de l’Elysée : «Un homme qui a pour toute expérience de magistrat quelques années au tribunal de Lille et qui rédige un matin, sur un coin de table, le destin du droit pénal français. C’est extraordinairement antidémocratique.» Aussi raide qu’Olivier Besancenot, elle dénonce la «rapacité» du système capitaliste. Conclusion : «Pour moi les écologistes sont extraordinairement importants, car eux seuls ont pour principal objectif que la croissance future doit être sustainable[soutenable, ndlr].» Un blanc : «J’ai perdu un peu mon français, mais je sens que ça va revenir très vite.»