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Écologiste annécien

COHN BENDIT, interview au Monde...

LEMONDE pour Le Monde.fr | 29.09.11 | 17h09   •  Mis à jour le 30.09.11 | 07h52

 

Dany a accordé au MoNDE un entretien le 29 septembre que je reproduis ci-dessous. Feuilletant une revue de presse de ces derniers jours, je découvre qu'Eva JOLY déconseillait aux militants des VERTS d'aller voter à la primaire socialiste... Consigne bien peu suivie à ANNECY où j'ai croisé bien des adhérents...

 

 

M. Cohn-Bendit, le 21 novembre 2009.

La principale différence entre les écologistes français et allemands n'est-elle pas que les premiers sont pragmatiques, donc susceptibles de s'allier avec la droite ou la gauche, tandis que les seconds sont ancrés à gauche ?

C'est vrai que les Grünen ont toujours dit que leur indépendance, leur autonomie, leur permettaient, au cas par cas, des alliances avec les chrétiens-démocrates [qui sont à droite]. Mais dans ce pragmatisme que vous soulignez, le système politique joue un rôle majeur. Grâce à la proportionnelle, les Grünen sont présents dans toutes les villes, toutes les régions d'Allemagne, et cela permet de faire émerger des majorités différentes. Les Verts allemands travaillent avec la gauche à Francfort, avec la droite à Hambourg.

Le système électoral français est simplificateur et dommageable pour la démocratie. Car les Verts français se trouvent amarrés à gauche, mais qui peut affirmer sans rire que, localement, des majorités constituées de Verts, de centristes et d'une partie de la droite modérée ne fonctionneraient pas ?

Ce choix d'un ancrage systématique à gauche, que les Grünen n'ont pas fait, n'est-il pas réducteur pour EE-LV ?

Il est à la fois réducteur et nécessaire, pour les raisons que je viens d'expliquer, mais il n'est en aucun cas génétique. Il y aura peut-être, sans doute, une recomposition du paysage politique en France. Et à ce moment-là, il faudra m'expliquer en quoi on ne peut pas travailler avec un Michel Barnier [membre de l'UMP et commissaire européen au marché intérieur et aux services], avec une Nathalie Kosciusko-Morizet [ministre de l'écologie].

En Allemagne, l'expérience nous montre que le partage du pouvoir fonctionne mieux avec la CDU [Union chrétienne démocrate] qu'avec le SDP [Parti socialiste démocrate, classé à gauche]. Avec les sociaux-démocrates, on aboutit très vite à un accord, mais dès lors, les embrouilles commencent. Avec la droite, c'est long de signer un accord, mais ensuite, ça marche plutôt mieux.

Autre différence entre les deux mouvements : les Grünen soutiennent une politique de rigueur budgétaire mais celle-ci fait débat à EE-LV...

Les Grünen ont en effet voté ce qu'on appelle ici la "règle d'or". Nous, en allemand, on parle de "frein à la dette". Parler de "règle d'or", c'est du mysticisme ! Mais il ne faut pas faire passer les Verts français pour les laxistes qu'ils ne sont pas : Eva Joly souhaite réduire la dette publique de 1 point de PIB par an. Il est donc faux de dire que les Verts français n'ont pas tiré de conséquences de la crise. Mais il leur faut aller plus loin.

Puisque les écologistes français tiennent un discours critique sur la croissance, et que cette croissance est, en France, financée par la dette, qu'ils se déclarent ennemis de la dette ! Ils auraient une raison supplémentaire de le faire : ils sont très ambitieux, et souhaitent faire émerger une autre société. Mais comment le faire si la dette leur rend tout choix politique impossible ?

Vous sommez EELV de s'adapter à la crise ?

Mais oui ! Les Grünen, qui avaient travaillé sur un projet politique, l'ont totalement réécrit il y a trois mois. C'est une question de crédibilité. Quand je vois François Hollande faire sa sortie sur les enseignants, je retrouve là une grande tradition française : je promets, l'intendance suivra ! EE-LV n'est donc pas le seul parti français, loin de là, à vouloir s'abstraire de la réalité.

Mais, comme l'ont fait les Grünen en acceptant un allongement de la durée du travail, les Verts français doivent évoluer, en particulier sur les retraites, dossier sur lequel je les trouve totalement bloqués.

A force de s'adapter, comme vous le souhaitez, on ne fait plus rêver. Lors des dernières élections municipales, à Berlin, une partie de l'électorat traditionnel des écologistes n'a pas voté pour les Grünen, les trouvant désormais trop raisonnables…

C'est toujours la même histoire. Il faut s'adapter pour arriver au pouvoir et y rester, mais pas trop. D'où l'importance du choix des personnes qui représentent ce parti. Quand Joschka Fischer est devenu ministre des affaires étrangères de Gerhard Schröder [en 1998], il fascinait totalement les jeunes, alors qu'il était un pacifiste qui acceptait l'entrée en guerre de son pays au Kosovo. Il nous faut, à nous écologistes, des personnalités assez fortes, assez structurées, pour porter ces contradictions.

La journée de travail prévue vendredi entre les Grünen et EE-LV va-t-elle permettre un rapprochement ?

Sur des sujets comme la Palestine – où nous sommes très éloignés, car les Allemands, en raison de l'histoire de leur pays, ont un lien émotif avec Israël, alors que les Verts français sont très critiques – nous sommes arrivés à nous rapprocher. Alors tous les espoirs sont permis. Si nous étions frères siamois, ce serait la quintessence de l'ennui.

Anne-Sophie Mercier

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