c'est personnel
Sauver le dimanche !
Depuis 1905 le repos hebdomadaire des salariés est donné le dimanche. A l'époque, il s'agissait de permettre à tous d'aller à la messe.
Aujourd'hui Nicolas SARKOZY, qui se présente pourtant pour un fervent catholique, et s'est rendu en grandes pompes au VATICAN avec épouse et belle mère, veut supprimer le repos dominical.
Une incohérence de plus pour notre président girouette.
Je n'ai jamais compris comment on pouvait espérer que les gens dépensent plus par le simple fait d'ouvrir les magasins plus longtemps. Le budget familial n'est pas extensif en fonction de l'ouverture des magasins mais en fonction du salaire gagné ! Et les millions de personnes en précarité ou en chômage partiel ont tout le temps d'aller dans les magasins en semaine pour dépenser leur maigre pécule !
Mais bon, l'essentiel n'est évidemment pas là = il s'agit de déréglementer massivement le droit du travail de manière à créer une insécurité supplémentaire du salarié dans la relation de travail.
Qui peut croire que ne viendront travailler le dimanche que les "volontaires" ?
C'est tellement méconnaître les modes de fonctionnement des grands groupes de la distribution que c'en est ridicule de fausse naïveté ! D'ailleurs les petits commerçants sont vent debout contre ce projet qui ne bénéficiera qu'à CARREFOUR et autres CASINO...
Je vous invite à vous associer à la pétition contre l'ouverture du dimanche.
http://www.sauvonsledimanche.fr/
Vendeur écrasé à NEW YORK...
Jean-Paul BESSET que j'aurai le plaisir de recevoir à ANNECY ce 12 décembre publie aujourd'hui sur son blog du rassemblement des écologistes ce billet.
Chien écrasé par Jean-Paul Besset 01/12/08 à 10:04
Il y a des faits divers qui éclairent l'époque mieux que tous les discours. La scène se déroule vendredi 28 novembre dans un hypermarché de Long Island, à New York. 20 000 personnes (!) attendent fébrilement l'ouverture du Wal-Mart du coin, attirées par le Black Friday, journée de soldes aux Etats-Unis. Un employé du magasin, intérimaire recruté pour l'occasion, s'avance vers l'entrée. Il a 34 ans. On ne saura pas à ce moment s'il sourit gentiment à ses frères en humanité qui font la queue de l'autre côté des portes vitrées. Ni s'il pense à sa mère, à sa femme, à ses enfants ou à une prochaine partie de pêche avec ses copains. Il ouvre les portes. C'est son job. Et il se prend de plein fouet un troupeau de bisons déchainés, la foule en furie qui se rue à l'intérieur. Séquence de barbarie brute. A cet instant, 20 000 personnes, hommes, femmes, jeunes, vieux, pauvres, riches, démocrates, républicains, noirs, wasp ou hispanos, n'ont d'autre raison d'être que de satisfaire au plus vite leur quête irrépressible d'achats. Elles lui passent sur le corps et l'écrasent comme une merde. Le jeune homme meurt piétiné. La police arrive, demande l'évacuation du magasin. La foule refuse et, emportée par sa passion, continue d'assaillir les rayons. Résumons: un travailleur, évidemment précaire, plus un secteur de la grande distribution dominateur qui, avec Wal-Mart, détient la plus grosse entreprise mondiale (6 100 super et hypermarchés disséminés sur la planète, 1,9 millions d'employés, 351 milliards de dollars de chiffre d'affaire), plus une pulsion folle de consommation aiguisée par des campagnes publicitaires massives, plus une indifférence glaciale au malheur... On tient là quelques uns des ingrédients qui forment l'ossature de temps obscurs.
Le Conseil de l'Europe vs DATI & HORTEFEUX
Le Conseil de l'Europe tacle Hortefeux et Dati Thomas Hammarberg, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, a violemment critiqué les réformes mises en place par Brice Hortefeux et Rachida Dati.
Dans un rapport publié jeudi à Strasbourg, le commissaire critique la politique française consistant à fixer des objectifs chiffrés pour les expulsions d'étrangers en situation irrégulière, qui engendre, selon lui, un risque d'arbitraire et de précipitation.
« La politique de déterminer annuellement le nombre de personnes irrégulières sur le territoire à appréhender et à reconduire à la frontière semble créer une attitude de hâte, voire de déshumanisation de la part de certaines autorités en charge de la réalisation de ces objectifs », insiste-t-il.
Par ailleurs, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe met en garde la France sur plusieurs aspects de sa politique pénale, de la rétention de sûreté à une éventuelle réforme de la justice des mineurs. La loi sur la rétention de sûreté de février 2008 renferme « un risque d'arbitraire », prévient Thomas Hammarberg.
Partiellement censurée par le Conseil constitutionnel qui a refusé qu'elle soit rétroactive, elle permet de maintenir en détention, dans des centres spécialisés, les auteurs de crimes graves ayant purgé leur peine, s'ils sont déclarés dangereux par un collège d'experts.
Les écolos à moins de 2% au PS
L'une d'elles (UTOPIA) était signée par Denis DUPERTHUY, chef de file du PS au conseil municipal d'ANNECY.
Ce score ne traduit certes pas l'influence des idées écologistes au sein du PS, heureusement...
Mais il est révélateur de l'importance relative de la question environnementale par rapport à d'autres enjeux pour les adhérents socialistes.
Si je suis très sensible à l'écologie et adhérent du PS, je devrais avoir envie de voter pour l'une de ces deux motions pour que ce courant pèse sur les alliances à venir entre les motions.
Avec moins de 2%, ces deux motions ne pèseront rien.
Les adhérents du PS ont pensé qu'il était plus important de départager les leaders des écuries concurrentes pour la présidentielle de 2012. Pas sûr que ce soit un choix bien durable.
Ligue des droits de l'homme
J'en suis adhérent depuis plusieurs années, soutenant son combat en faveur des exclus, des étrangers rejetés et partageant ses valeurs, au premier rang desquelles celle de laïcité.
C'est à ce thème que la revue trimestrielle d'été consacre son dossier thématique, alors que les "entailles" à ce principe fondateur de la République deviennent de plus en plus fréquentes.
D'abord parce que l'intégrisme religieux monte, et pas seulement du côté des musulmans... Ces intégrismes imposent un déplacement de la norme dans notre vie sociale vers des limites inconnues il y a peu, comme ces juges qui estiment qu'une femme non vierge est une tromperie pour son mari suffisamment grave pour annuler le mariage. L'auraient ils jugé ainsi d'une femme athée ? Bien sûr que non. Il nous faut réaffirmer des principes forts et assurant l'égalité de tous devant la loi quelle que soit notre religion.
Ensuite parce que SARKOZY s'affiche de plus en plus clairement en fils aîné de l'Eglise, prêt à accepter que la constitution européenne se place dans la filiation de l'Eglise catholique, comme le demandent les polonais et d'autres qui n'ont pas sorti le crucifix des salles de classe. Cela menace le contenu de l'enseignement et les acquis d'une liberté de conscience et de culte reconnue à tous. Il n'y a pas de religion d'Etat dans un pays laïc.
Enfin parce que la question de la liberté religieuse et celle de ne pas croire en Dieu sont encore et toujours le lieu central du conflit idéologique entre les humanistes et les doctrinaires. Et il est bon de rappeler cette opposition frontale que l'on voit à l'oeuvre aux USA avec la pression mise par les "créationnistes" qui tiennent pour vérité scientifique que Dieu a créé l'univers en 6 jours et refusent l'enseignement des thèses de DARWIN.
Pour en savoir plus et rejoindre la LDH.
www.ldh-france.org
Prévert et le musée du quai Branly
Par contre, l'exposition (gratuite !) sur Jacques PREVERT et PARIS à l'Hôtel de Ville est une petite merveille. Entre midi et deux, pas trop de monde, et le plaisir de redécouvrir PAROLES, Louis JOUVET & Michel SIMON "Bizarre vous avez dit bizarre", et l'anticléricalisme et l'antimilitarisme de notre poète, ami de PICASSO, d'ailleurs. Et ce poème magnifique "Etranges étrangers"... dont Nicolas SARKOZY a oublié de prévoir de rendre obligatoire l'enseignement en CE2.
Et puis la découverte du Musée du quai BRANLY, il paraît qu'on ne dit plus "musée des arts premiers". Quelle réussite muséographique ! Le bâtiment d'abord est superbe. Et puis la mise en scéne des oeuvres est remarquable. A tel point que l'émotion provoquée par un os de morse sculpté en visage de phoque (vous savez ceux que l'on continue de massacrer sur la banquise qui fond à toute vitesse) est à la hauteur de l'intérêt culturel de la réflexion sur les mythes et les productions culturelles de nos frères aborigènes ou inuit.
Juste un mot de l'exposition des "futuristes italiens" à BEAUBOURG qui illustre le foisonnement artistique du début du XX° siècle.
Surprenant en cette commémoration de la fin de la grande boucherie que fut la guerre de 14, de constater que la peinture était en pleine révolution et que la polémique entre les courants picturaux faisait rage quelques mois avant que la guerre n'éclate.
J'y ai découvert quelques toiles de Jacques VILLON dont j'ignorais même l'existence et qui m'ont touchées.
Omerta sur les clandestins
Je suis très fier qu'Eva JOLY dont je vous ai recommandé la lecture de ses bouquins depuis que ce blog existe, ait rejoint le rassemblement des écologistes pour les européennes de juin 2009.
Elle livre ici son premier papier de campagne pour le journal LE MONDE.
S'adressant au pape, Nicolas Sarkozy affirmait que"c'est en pensant à la dignité de l'homme que nous affrontons la si délicate question de l'immigration, sujet immense qui demande générosité, respect de la dignité et en même temps prise de responsabilités". Il est temps de lever le voile sur la triste réalité que cachent ces belles paroles.
Depuis vingt-cinq ans, la Cimade porte le regard de la société civile au coeur des centres de rétention français. Cette association avait été approchée par le gouvernement dès la création en 1984 de l'enfermement administratif des étrangers, car son histoire était liée, plus que toute autre, à cette problématique. Au fil des ans, la Cimade s'est adaptée à une législation sans cesse modifiée par les gouvernements successifs, pour exercer tant bien que mal sa mission : la mise en oeuvre de l'exercice effectif du droit des étrangers enfermés.
Depuis 2003 avec l'instauration d'une politique chiffrée des expulsions, la Cimade a dû réagir. Le plus souvent dans l'indifférence générale, elle a tenté d'alerter l'opinion publique sur ce dont elle seule pouvait témoigner : la dégradation considérable de la situation des étrangers "retenus".
Mais aujourd'hui le rôle de cet organisme indépendant est menacé. En effet, cette mission répond à un marché public, qu'à l'occasion de son renouvellement, le gouvernement s'apprête à transformer en profondeur. Désormais, il n'y aura plus sur le territoire français un seul observateur à même de publier des rapports couvrant l'ensemble des sites de rétention, mais une multiplicité d'intervenants locaux.
Plus personne ne sera en mesure de relever les disparités de pratique administrative et judiciaire de la rétention sur le territoire ; et ce d'autant plus que les titulaires de ces marchés seront tenus par une clause de neutralité et de confidentialité. N'importe quelle "personne morale" pourra répondre, de l'organisme parapublic - à l'indépendance très relative à l'égard du gouvernement - à l'entreprise privée.
La rédaction de l'appel d'offres suscite le doute sur la nature de la nouvelle mission : alors que la Cimade aide activement les "retenus", les assiste pour rédiger des recours administratifs, le nouveau marché semble ne prévoir que la distribution d'un fascicule d'information "en vue de l'exercice de leurs droits". Soit un double feuillet en guise d'introduction au code des étrangers, voilà une touchante attention qui ne risque pas de rendre les retenus trop procéduriers.
Je ne veux pas prendre la défense de cette association à laquelle je ne suis liée en aucune manière, mais je veux témoigner de ce que la mission qu'elle occupait jusqu'à présent est d'une importance fondamentale. A ceux qui m'objectent qu'aucun pays européen n'est doté d'une telle structure, je réponds que la Chine et les Etats-Unis non plus ; et qu'il n'est en cette matière aucune norme supérieure à celle que nous dictent nos principes, dont le fondement doit demeurer la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Cette réforme mineure en apparence est emblématique de la perte de repères de notre pays et de sa dérive vers des pratiques toujours plus éloignées des idéaux qui l'ont fondé. Les étrangers sans papiers sont vulnérables et c'est l'honneur de notre pays que de leur garantir de pouvoir exercer réellement ce peu de droits que notre législation leur concède.
Chacun sait que la lutte contre l'immigration clandestine est un arbitrage permanent entre le respect des droits humains et la volonté de réduire le flux migratoire. Cette équation n'a pas varié depuis que le pays a fermé ses frontières en 1974. Ce que chacun doit comprendre, c'est que cet arbitrage ne peut pas être indéfiniment en défaveur des droits de l'homme. Il arrive un moment où le dispositif ne peut plus être durci sans trahir ce que nous sommes.
Cette limite atteinte, il faut savoir admettre - publiquement - que malgré tous les efforts de la force publique, le dispositif laisse du jeu. Même la Corée du Nord ne parvient pas à rendre totalement étanche ses frontières. Je m'étonne de ce que la question de cette limite ne soit pas publiquement posée. Il faut dire qu'elle comporte certains aspects peu reluisants.
La politique du chiffre est en effet une course en avant. Des résultats tangibles en valeur absolue étant hors de portée (la diminution du nombre de clandestins sur le territoire par les reconduites demeure dérisoire), le gouvernement focalise sa communication sur l'augmentation du chiffre de reconduites d'une année sur l'autre. La mise en oeuvre de cette augmentation statistiquement marginale a un coût moral tout à fait exorbitant.
Mais le spectacle du volontarisme politique ne s'encombre pas de ce genre de détails. Ainsi, si la France ratifie la directive retour votée récemment au Parlement européen, autorisera-t-on l'enfermement des étrangers pendant dix-huit mois consécutifs ? Cette mesure est aussi cruelle qu'inutile puisque l'on sait qu'une reconduite matériellement réalisable intervient presque toujours dans les premières semaines de la rétention. De même, doit-on redouter qu'en vertu de ses objectifs chiffrés, la France n'entérine le principe des reconduites de mineurs isolés vers des pays de transit où ils n'ont aucune attache.
Cette politique recèle d'autres dangers : la pression grandissante exercée sur les préfectures, les services de police, de gendarmerie et sur la justice est une incitation permanente à franchir la ligne rouge de la légalité républicaine. Des traquenards autour des écoles aux guets-apens devant les guichets de préfecture en passant par les rafles aux sorties de métro, la réalité d'aujourd'hui menace d'ores et déjà notre identité nationale. Ne louvoyons pas avec l'Etat de droit, nous avons tout à perdre et rien à gagner.
Alors que dans les services publics, l'heure est à la modernisation, les administrations concernées par l'immigration clandestine s'enfoncent tous les jours, un peu plus, dans des méandres kafkaïens.
Je sais que dans le pays de Voltaire et de Rousseau, il est devenu chic de mépriser le "droit-de-l'hommisme", je sais que le terrain est idéologiquement quadrillé et que quelques formules lapidaires ont chauffé à blanc les opinions : "angélisme", "régularisation massive", "appel d'air", "immigration choisie"...
Je sais aussi que la gauche est pétrifiée par ce sujet, mais je veux prendre ici à témoin ceux qui ont l'espoir de refonder une démocratie sociale sur des idées claires : nous ne gagnerons jamais en reniant nos principes.
Tribune publiée dans Le Monde, le 3 octobre 2008
Une " grande profession du droit" ?
Alors que le libéralisme économique échevelé nous a conduit à la crise dans laquelle nous entrons, c'est au nom de ces recettes de libération de la concurrence et de lutte contre les "monopoles" que le Conseil National des Barreaux a repris l'idée d'une grande profession du droit incluant les notaires, les huissiers, etc.
L'objectif est de permettre par exemple à des actionnaires qui ne soient pas des avocats de rentrer dans le capital des cabinets "pour les aider à devenir concurrentiels sur le plan international"...
Quel cabinet annécien, annemassien, chambérien cela concerne-t'il ?
En effet plus que jamais dans une période de crise aiguë, c'est son rôle de défenseur des libertés publiques que l'avocat doit assumer et valoriser.
Les avocats sont "par-dessus le marché" comme le dit joliment mon syndicat, le Syndicat des Avocats de FRANCE, vent debout contre cette réforme qui n'a donné lieu à aucun débat sérieux dans la profession.
Dans ces périodes troublées où la répression, la rétention, l'expulsion, et pour tout dire la déraison l'emportent sur la fraternité et la solidarité, le métier d'avocat est plus que jamais celui du souci des droits des plus faibles.
Et cela est contradictoire avec une logique purement mercantile.
Si les avocats eux-mêmes se laissent entraîner dans le système de concurrence absolue et sans règle, qui est en train de faire faillite sous nos yeux, où allons nous ?
Aujourd'hui comme hier, la modernité c'est la morale et le respect des règles démocratiques; pas la fuite en avant dans une fausse bonne idée à la recherche de parts de marchés hypothétiques sur les plate-bandes d'autres professions du droit.
Pour plus d'informations, le site du Syndicat des avocats de France :
www.lesaf.org
SARKO caméléon
Ce qui est troublant avec SARKO est sa capacité à promettre aujourd'hui avec un aplomb absolu exactement le contraire de ce qu'il voulait faire en matière économique.
L'exemple le plus flagrant est celui des prêts hypothécaires qu'il voulait nous refiler : vous avez emprunté pour votre maison qui coûtait 200.000 €, elle vaut aujourd'hui 300.000 € au prix du marché qui n'arrête pas de grimper et vous avez déjà remboursé 60.000 €.
Donc on peut vous prêter sans problème 160.000 € puisque vous avez déjà remboursé 60.000 et que vous pouvez revendre votre maison 300.000 € !
Exactement ce qui a conduit à la crise des subprimes américains...
Et maintenant, vive l'éthique financière et les placements de bon père de famille.
Je ne sais pas qui cela trompe, mais il faut lui reconnaître une capacité physique à entretenir un rythme dément de voyages aux quatre coins du monde sans aucun répit qui impressionne.
Quand réfléchit il ? Sans doute jamais : l'activisme lui suffit et les notes de ses conseillers qu'il n'a pas le temps d'analyser.
Comment tient il le coup ? Je suis surpris qu'aucun journaliste ne s'étonne de cette capacité invraisemblable. Dopé, SARKO ?
En attendant, sur le plan judiciaire, regardez le bilan de l'agitation de SARKO relayée par DATI, maintenant en désamour, mais maître d'oeuvre activiste de sa politique, avec cet article d'un magistrat, Dominique BARELLA, ancien président de l'Union syndicale des magistrats :
http://lajustice.blogs.liberation.fr/barella/2008/10/nicolas-sarkozy.html
Lipietz : Une crise de 29 puissance deux !
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Alternatives internationales : Quelle est votre réaction d’économiste face à la crise que nous connaissons ? Alain Lipietz : Pour qui n’en est pas victime, cette crise est passionnante, une sorte de prodige car elle en résume beaucoup d’autres. C’est la première fois que la crise vient à la fois du social et de l’écologie pour se transformer en crise financière, et de là rebondir vers l’économie réelle dont elle est issue. Je suis agacé par ceux qui parlent « de crise d’origine financière qui finit par toucher l’économie réelle ». Non, cette crise vient de la prolifération du nombre de salariés pauvres américains depuis les années 1980. La mondialisation a accéléré cette dégradation, mettant fin au « compromis fordiste » des années 40. |
Alternatives internationales : Les ouvriers américains ont pourtant continué à acheter des maisons, d’où la crise des subprimes…
Alain Lipietz : Oui, d’autant qu’acheter sa maison est une norme plus prégnante là-bas qu’ici. Ils ont fini par ne plus trouver que des usuriers pour leur prêter de l’argent (subprimes), usuriers qui ont vendu les titres liés aux hypothèques sur les marchés financiers, ce qui a intoxiqué tout le système financier mondial. Mais plus généralement, dans le monde, il y a énormément de pauvres et quelques énormément riches. On a dépassé en 2007, aux Etats-Unis, la polarisation sociale de 1928, c’est-à-dire la différence entre les 1 % les plus riches et les autres. Nous étions donc revenu au-delà du déséquilibre qui avait provoqué la crise de 1929, avec la destruction achevée du New Deal opéré par Roosevelt pour remédier à cette crise en développant une large classe moyenne.
En cela, cette crise est typiquement « 1929 » : des financiers ont accumulé beaucoup trop d’argent (y compris le gouvernement chinois en tant que propriétaire des usines chinoises, et les fonds de pension américains qui cherchaient des secteurs rentables pour financer les retraites de la génération fordienne). Les salariés pauvres étant devenus insolvables, on a une crise classique de sous-consommation (ou de suraccumulation). Les riches ont réalisé que les pauvres ne pourraient pas payer et tout a craqué . Les pauvres sont expulsés de leur maison, le prix de l’immobilier s’effondre, les établissements de prêts et les sociétés de réassurance des crédits s’effondrent, puis les banques...
Ajoutons, et c’est inédit par rapport à 1929, la mondialisation financière « casino » : tout titre peut être vendu dans le monde sans qu’on sache ce qu’il représente exactement. Sous Roosevelt, le législateur a re-compartimenté les activités entre banques d’affaires, assurances et banques de dépôt. Aujourd’hui, on propose une re-mutualisation générale : soit les banques d’affaire tombent en faillite, soit elles sont rachetées par les banques de dépôt, et celles-ci partiellement nationalisées. C’est une sorte de fuite en avant : « Il y a beaucoup de dégâts : on va les mélanger avec ce qui se porte mieux en espérant que cela se voie moins ».
Alternatives internationales : Vous dites que cette crise est à la fois sociale et environnementale. En
quoi ? Est-ce la fin du « système libéral productiviste » que vous chroniquez sur votre blog
?
Alain Lipietz : Je viens d’évoquer l’aspect « libéral » de la crise, qui l’apparente à la crise de 1929 : une accumulation de richesses qui ne trouve plus à s’investir car les pauvres sont trop pauvres pour acheter. Dans les années 1930-1940, on a corrigé cet effet pervers du libéralisme par le « fordisme » : payer mieux les ouvriers pour faire croître la consommation et assurer le plein-emploi. Mais ce compromis fordiste, Thatcher, Reagan et la concurrence mondiale l’ont effacé à partir des années 1980, et l’on se retrouve dans une structure de distribution mondiale plus dangereuse encore que celle de 1928. Car d’une part les travailleurs américains ou européens se sont appauvris, mis en concurrence avec ceux de l’ex-tiers monde, alors que, d’autre part, la modernisation productive s’élargissait presque au monde entier. Or la crise de 1929 venait de la mauvaise distribution des gains de productivité : les salaires stagnaient tandis que la productivité accélérait dans les années 1920, avec des profits « rugissants ». De nos jours, les ouvriers chinois travaillent sur des machines achetées en Allemagne, avec la productivité de 2008, mais ils sont payés avec les salaires de 1900. Nous sommes face à une crise de 1929 au carré !
Le deuxième aspect, c’est l’aspect « productiviste » de la crise. Pour la première fois depuis 1848, voire la Grande Peste, on assiste, en plus de la crise du système économique, à une crise d’épuisement des ressources naturelles. En 1929, les récoltes étaient bonnes, aucun problème du côté de la Nature : on brûla le café invendable dans les locomotives. On atteint désormais la limite de la plupart des ressources non-renouvelables (le pétrole, les métaux…). Tout s’épuise à la fois : les matières premières et la possibilité de recycler les déchets, comme les gaz à effet de serre, péril bien plus grave encore.
En plus, le monde a manqué courir à la catastrophe totale, en se lançant en 2007 dans les agrocarburants. Pour lutter contre la rareté du pétrole, on aggravait la rareté des produits alimentaires. Et cela a précipité les propriétaires endettés dans la pauvreté, accélérant la crise des subprimes. Ce projet insensé est remis en question, du moins en Europe. Je ne condamne pas en bloc les agro-carburants (les Verts ont un agro-carburant pour emblème : le tournesol !). Mais l’idée que l’on puisse y consacrer 1/6ème des terres (« car au XIXe siècle, 1/6 de la terre française servait à nourrir les chevaux ») témoigne de notre folie. D’autant que les Chinois enrichis commencent à manger de la viande, dont la production consomme 10 à 15 fois plus d’hectare par protéine que les protéines végétales. Résultat : les 27 pays les plus pauvres étaient en état de crise alimentaire en mai 2008, en l’absence de sécheresse ou d’inondation particulière !
Alternatives internationales : Faut-il désespérer ?
Alain Lipietz : Voyons l’aspect positif des choses. Premièrement, la capacité de réaction de la planète est beaucoup plus forte que lors de la crise de 1929. Pourquoi ? Parce que celle-ci a eu lieu, justement. On a annulé les conquêtes du fordisme, mais on en avait gardé la théorie : le keynésianisme. Même George W. Bush, contrairement à Herbert Hoover (président des Etats-Unis de 1929 à 1932) en son temps, comprend que, face à une telle dépression, il faut lâcher les rênes du crédit et augmenter le pouvoir d’achat.
Deuxième aspect positif, la compétence plus grande de l’humanité en tant qu’intelligence collective. La façon dont les agrocarburants ont démarré puis ont été contestés est significative. Les parlementaires européens (les écologistes d’abord), les grandes organisations internationales, le « quatrième pouvoir » (la presse) bien sûr, ont mis le holà à cette folie, en un peu plus de dix mois. L’envolée du prix de la nourriture était alors de l’ordre de 60 ou 70 %. Toutes les céréales et les plantes à huile (colza, arbres à palme etc.) étaient connectées au prix du pétrole. La situation devenait catastrophique. La régulation intellectuelle et, partiellement, institutionnelle (ONG, institutions internationales) a marché. La démocratie, cela fonctionne, ce n’est pas la même chose que l’Union soviétique qui a vu la mer d’Aral s’assécher sans rien faire et sans se poser la question de l’impact de la culture du coton dans le Kazakhstan…
Mais de la critique à l’action politique il y a une marge. La « sortie par en haut » de la crise n’est pas gagnée.
Alternatives internationales : Quelle pourrait être la forme d’un autre régime d’accumulation, d’un autre mode de régulation et d’un nouveau modèle de développement ? On ne va pas revenir au fordisme ?
Alain Lipietz : Par ses ressemblances avec la crise de 1929, il devra sans doute y avoir quelque chose de rooseveltien dans les solutions à la crise actuelle, donc de la redistribution des revenus à l’échelle mondiale. Et l’Etat-Nation est désormais impuissant à réguler le capitalisme : il nous faut au moins une Europe fédérale. Mais non, bien sûr, on ne reviendra pas au fordisme, à cause de la crise écologique : il ne faut pas garantir une automobile à chacun, mais des logements bien isolés, produisant leur propre énergie, et des transports en commun !
C’est toute l’idée de la « croissance verte ». La norme de consommation devra être non seulement économe en énergie et en gaz à effet de serre, mais en plus réduire les déséquilibres accumulés. On ne peut pas se contenter de la « décroissance » de l’activité. Ce serait vrai si on était à l’équilibre et qu’il fallait maintenir les choses en l’état, or ce n’est pas du tout le cas.
Il faut bien comprendre qu’une décroissance de la crise écologique suppose une croissance massive de l’activité humaine. Nous devrions être aujourd’hui dans une « économie mobilisée » au sens de Janos Kornai, l’économiste hongrois, une économie où la question de la demande du consommateur ne se pose pas, tant les besoins collectifs sont impératifs. En un an, tout pays « mobilisé » pourrait être en situation de plein emploi, avec des gens en train de construire des logements écologiques, des vélos, des couloirs pour autobus à méthane issu de la fermentation des ordures, remettre HLM et copropriétés aux normes HQE (haute qualité environnementale). En France, pour amorcer le financement, il suffirait d’abolir la loi Tepa (loi de l’été 2007 « en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat ») : un peu moins de quinze milliards de manque à gagner fiscal par an ! Je ne suis pas un fou de la surimposition, mais là, cette loi n’a servi à rien, ni pour rétablir l’équilibre budgétaire, ni pour relancer l’activité. Restituons intégralement ces 15 milliards annuels au financement du Grenelle et, croyez-moi, on saura quoi en faire ! Et n’oublions pas que le prix de la lutte contre les désastres de l’effet de serre sont bien moins moindres que les dégâts engendrés.
Côté bancaire, ce qu’a montré la crise, c’est qu’une banque centrale ne doit pas prêter de l’argent au même taux selon les différents usages de l’argent. Si l’Union européenne avait le courage de réformer la BCE, elle édicterait que celle-ci doit racheter à taux zéro les titres émis par les chantiers de lutte contre l’effet de serre, et faire monter à 10 ou 15 % les taux de refinancement pour les titres spéculatifs sans rapport avec le bien commun.
Alternatives internationales : Les libéraux, observant la baisse de la consommation de carburant en France, estiment qu’au fond il n’y a pas mieux que le marché pour faire bouger les comportements…
Alain Lipietz : Non, c’est la crise écologique qui est en train de faire bouger les comportements des individus. Mais toute crise se régule d’une certaine façon par la mort de ce qui l’a provoquée. Le « développement soutenable » vise justement à éviter la violence des crises régulatrices. Il faut tout à la fois réguler le social et l’environnemental. Le problème de la nature, c’est que, comme elle est gratuite, tout le monde se sert et les riches bien plus que les pauvres ! La mission de l’écologie politique, dans laquelle je m’inscris, est d’alerter et de proposer un usage de la nature « assurant les besoins d’abord des plus démunis, et des générations futures ». Depuis 1972 (conférence de Stockholm), elle annonçait que le modèle de développement fordiste était insoutenable. Mais son successeur, le libéral productivisme était pire encore : pas davantage soutenable et en plus anti-social.
Notre rôle de prophète de malheur est terminé aujourd’hui. Le travail que nous avons à mener, dans les collectivités locales, à l’Europe (où les scrutins sont proportionnels et permettent de représenter les courants émergents), c’est de montrer ce que serait le « New Deal » du XXIe siècle. La révolution d’une redistribution égalitaire des gains de productivité selon des formes faisant reculer la crise écologique : croissance du temps libéré, économies d’énergie, reconversion vers une nourriture saine, etc.
Propos recueillis par Bertrand Richard
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