Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
thierry billet
Articles récents

Hommage à Pierre VIGUIÉ

5 Avril 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

L'un des pionniers de l'écologie politique en HAUTE SAVOIE vient de nous quitter. Pierre VIGUIÉ est décédé le 3 avril. Pierre fut à partir des années 70 & 80 à MEYTHET un rocardien dévoué à la rénovation de la gauche. Puis, entré à GÉNÉRATION ÉCOLOGIE, il fut du Conseil régional élu en 1992 et sut utiliser l'importance tactique du groupe GE pour dégager des majorités d'idées. Conseiller municipal d'opposition à SAINT-JORIOZ, c'est avec constance qu'il joua son rôle d'interpellation de la municipalité de Georges PACQUETET dans le respect réciproque et le dialogue permanent.  En 1998, il loupa de quelques voix la réélection à la Région avant de rejoindre les VERTS autour de la candidature de Dany COHN BENDIT aux européennes. C'est à cette époque que nous avons beaucoup travaillé ensemble pendant dix ans pour faire entrer ce parti dans une phase de maturité politique qui - hélas - n'est toujours pas advenue.

Engagé des dizaines d'années à la FRAPNA, il avait trouvé ces dernières années avec TERRES DU LAC un moyen concret de défendre les espaces naturels du tour du lac en collectant de l'épargne locale pour acheter des terres agricoles.

Débordant de projets, ne comptant pas son temps, Pierre était de ces militants qui ont fait de l'engagement la pierre angulaire de leur vie sans jamais s'arrêter, sans céder au découragement, heureux des contacts multiples qu'il permet, ne rechignant pas à mettre les mains dans le cambouis quand il le fallait pour toujours essayer de convaincre.

Chapeau bas, Pierre et toutes mes pensées à Renée dans ce moment de chagrins partagés.

Lire la suite

Airducation

4 Avril 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

Vous pouvez peut-être profiter de cette période de confinement pour améliorer vos connaissances en matière de qualité de l'air grâce au "jeu sérieux"  AIRDUCATION mis en ligne par ATMO.

Lire la suite

Soutien aux producteurs locaux

3 Avril 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

La ville maintient ouverts tous les jardins potagers, partagés et familiaux.

Jardins familiaux ou jardins en ville, l’ensemble des jardins partagés demeurent accessibles aux personnes qui en bénéficient. La Ville tient à maintenir l’accès de ces lieux pour permettre aux jardiniers d’entretenir leur parcelle ou de planter* et préparer les futures récoltes.
Le nombre de personnes présentes en même temps doit être limité dans les jardins comme dans les parcelles, pour tenir compte des règles sanitaires. C’est le respect de ces règles par chacun qui permettra que ces lieux puissent rester ouverts.

Ces règles ont été communiquées aux personnes concernées et associations gérant les jardins familiaux.

*La vente de plants potagers est autorisée dans la région Auvergne Rhône-Alpes. Il est conseillé de privilégier les producteurs locaux, qui seront présents sur les lieux dédiés mis en place par la Ville.

Le site de Meythet dédié à la vente de produits locaux ouvrira samedi à l’école du Centre

Après l’école Vaugelas à Annecy (le vendredi), l’école des Pommaries à Annecy-le-Vieux, le parking place du marché - Champs fleuri, à Seynod (le mercredi), un 4e site dédié à la vente de produits locaux ouvrira tous les samedis, à partir de demain 4 avril, à l’école du Centre de Meythet (8 rue de l’aérodrome), de 8h à 13h.

Afin de soutenir les producteurs locaux et apporter une solution de proximité à ceux qui ne peuvent pas se déplacer trop loin de chez eux, la Ville met en place des sites dédiés à la vente de produits locaux, par les producteurs eux-mêmes.

Des outils pour s’informer sur les commerces ouverts

La carte de la Ville d’Annecy sera en ligne dans le courant de la semaine prochaine

La Ville, avec le soutien de l’association des commerçants « Les vitrines d’Annecy » et de la Fédération des restaurateurs d’Annecy, a réalisé une carte permettant de visualiser les commerces ouverts autour de son domicile. Elle sera accessible sur le site de la Ville d’Annecy dans le courant de la semaine prochaine.

Les habitants pourront ainsi visualiser simplement quels sont les commerces de proximité immédiate ouverts et planifier leurs sorties.

Une carte interactive mise en ligne par la CCI

La Chambre de Commerce et d’Industrie de la Haute-Savoie a, quant à elle, mis en ligne une carte, cette fois interactive, répondant à un double objectif : permettre aux commerces de proximité pouvant ouvrir ainsi qu’aux restaurants qui proposent de la vente à emporter, d’être visibles et accessibles à leur clientèle, tout en facilitant le quotidien des habitants du département.

Cet outil les informe sur les commerces ouverts, sur ceux qui assurent des livraisons ou un service de retrait et sur leurs jours et horaires d’ouverture.

+ d’infos sur www.haute-savoie.cci.fr

 

Lire la suite

Chomage partiel total

3 Avril 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

Drôle de sensation que ce "chômage partiel total" (la formule m'a toujours fait sourire depuis que je la pratiquais à l'inspection du travail dans l'industrie textile) que représente cette période de confinement pour un élu. Le mandat se poursuit mais il n'y a plus de nouveau projet à lancer en cette période encore pré-électorale. Seul l'accompagnement des annéciens vis à vis du COVID-19 occupe les services et en première ligne le maire pour répondre aux urgences de la situation.

L'hypothèse d'un second tour des élections municipales le 21 juin s'éloigne pourtant à grands pas puisque le déconfinement sera progressif et peut-être générationnel : la sérénité du vote et la possibilité pour chaque électeur de voter en sécurité ne seront possibles qu'une fois que les conditions sanitaires seront totalement sous contrôle. Nous nous sommes mis en danger collectivement le 14 mars, on ne peut pas recommencer de prendre le moindre risque lors du second tour.

Alors seulement six mois de mandat en + ou un an comme le proposent certains ? Nous verrons bien. Ce qui est certain c'est que nous voterons alors pour deux tours de scrutin car le premier tour du 14 mars sera annulé. Dieu sait quelle(s) surprise(s) cela nous réservera !

Et donc dès ce matin, le bureau du GRAND ANNECY se réunit pour se remettre au travail et la municipalité d'ANNECY se réunira lundi; tous les deux sous forme de visioconférence. Les dossiers en cours ne peuvent pas s'arrêter plus longtemps, des commandes doivent être passées dans tous les domaines et des décisions doivent être prises régulièrement pour permettre l'avancée des projets déjà lancés malgré le confinement et pour préparer le déconfinement.

A partir de ce matin, le chômage ne sera plus que partiel.

 

Lire la suite

La Ville agit chaque jour au service des annéciens

2 Avril 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

La ville d’Annecy poursuit l’accueil des enfants des personnels mobilisés par la lutte contre le Covid-19 durant la période des vacances de printemps.

Du fait de la prolongation du confinement, les centres de loisirs pourront accueillir à leur tour les enfants des personnels mobilisés par la lutte contre le Covid-19 pendant la période des vacances scolaires, du 20 avril au 3 mai.

Les accueils auront lieu dans certains centres de loisirs de la Ville. Les enfants et les jeunes seront répartis par petits groupes, dans des locaux espacés les uns des autres, toutes les règles sanitaires et les gestes barrière seront respecté.

Pour en bénéficier, les parents concernés* doivent compléter un formulaire disponible sur le www.annecy.fr.

Pour toute précision, contact service Jeunesse : jeunesse@annecy.fr
*Pour savoir si vous faites partie des professions concernées par cette mesure : www.annecy.fr

Des sites de vente de produits locaux organisés par la Ville

Depuis vendredi dernier, la Ville a mis en place des sites de vente dédiés aux producteurs locaux, assurant à la fois, à ces producteurs, des points de vente de leurs produits périssables et aux Annéciens, une offre alimentaire de proximité.
Demain, vendredi 3 avril, le site de l’école de Vaugelas sera à nouveau ouvert, de 8h à 13h, dans les mêmes conditions de sécurité sanitaire. Samedi matin, le site de Meythet devrait ouvrir aux mêmes horaires (lieu à confirmer).

La ville soutient

Pour les particuliers, la ville a mis en place un certain nombre de plateformes proposant des solutions aux besoins et aux offres d’entraide.

Au-delà de ses propres outils, elle soutient la démarche engagée par la Chambre d’agriculture Savoie-Mont-Blanc : proposer sur Internet un annuaire des producteurs de Savoie et Haute-Savoie, par type de production (produits laitiers, viande, fruits, légumes...), à ceux qui souhaitent mieux connaître l’offre existant sur le territoire dans le domaine de la production alimentaire. Cet annuaire présente notamment aux consommateurs un choix plus large.

Rendez-vous sur le www.producteurs-savoie-mont-blanc.com pour en savoir plus.

Et les chocolatiers ?

Préoccupé par les difficultés économiques que traversent les commerces et les entreprises locales, et à l’approche des fêtes de Pâques, le Maire d’Annecy a, en accord avec monsieur le Préfet, permis la réouverture des chocolatiers. Les chocolatiers qui le souhaitent peuvent donc reprendre leur activité en appliquant les mesures d’hygiène et de sécurité sanitaire en vigueur.

Des initiatives à accompagner

Des associations ont eu l’initiative de réaliser des masques de protection en tissus, non homologués pour un usage médical, mais pouvant être utilisés comme barrière contre une partie d’éventuelles projections. Si certains (commerçants, organismes ou particuliers) souhaitent se procurer ce type de masques, la plateforme « Annecy Entraide Solidaire », sur le www.annecy.fr, peut mettre en relation les acteurs de ces initiatives avec des demandeurs potentiels.

Lire la suite

200 ordinateurs mis à disposition par la Ville pour l’éducation des enfants

1 Avril 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

COVID 19 – LA VILLE A VOS COTES

Mercredi 1er avril 2020

La ville d’Annecy organise chaque jour les conditions de maintien du service public, répond aux besoins des usagers et des acteurs de la lutte contre le Covid-19, et s’engage en faveur des acteurs économiques impactés.

Pour connaître les commerçants ouverts près de chez vous

Depuis le début du confinement, le ravitaillement en produits alimentaires ou de première nécessité, au plus proche de son domicile, est une priorité.
Les professionnels qui le peuvent ont à cœur de rester ouverts (parfois à des horaires modifiés) et mettent souvent en place des services complémentaires (livraison par exemple).

La Ville d’Annecy a souhaité valoriser leur action et simplifier les recherches des annéciens, en réalisant une cartographie des commerces ouverts, accessible dès cette fin de semaine (Vendredi) sur son site internet www.annecy.fr.

L’association des commerçants « Les vitrines d’Annecy » et la Fédération des restaurateurs d’Annecy « GNI Annecy et environs » ont largement contribué à l’élaboration de cette carte réalisée par les services Vie économique et Information géographique (SIG) de la Ville.

La Ville d’Annecy appelle les commerçants qui souhaiteraient s’assurer de leur présence sur cette carte à contacter la direction de la Vie économique : economie@annecy.fr. Il reste donc deux jours avant l’ouverture de ce service.

Les habitants pourront ainsi visualiser simplement quels sont les commerces de proximité immédiate ouverts et planifier leurs sorties.

A suivre sur Annecy.fr

200 ordinateurs mis à disposition par la Ville pour l’éducation des enfants

Aujourd’hui, les enfants sont eux aussi confinés. L’Education nationale a organisé l’école en grande partie par le numérique. A Annecy, il y a des familles sans ordinateur, avec une connexion numérique insatisfaisante ou qui n’ont pas les moyens de s’offrir le matériel adéquat.

La ville d’Annecy, en concertation avec l’Education nationale et les directeurs d’écoles, va mettre à disposition des enfants qui n’en possèdent pas des ordinateurs portables, dans le but de maintenir une continuité pédagogique durant la période de confinement.

Le recensement des besoins a été établi par les inspecteurs de l’Education nationale sur la base de de critères pédagogiques et de la connaissance précise des élèves et des familles par les enseignants.

200 ordinateurs portables, habituellement utilisés dans les écoles de la Ville dans le cadre de son plan numérique*, sont mis à disposition et répartis selon les besoins de manière individuelle.

Les premiers ordinateurs portables seront distribués dès cette fin de semaine, école par école, avec le concours des directeurs et des enseignants.

La Ville se réjouit de participer activement à réduire la fracture numérique au sein des familles et, pour compléter, elle offrira l’abonnement ou la connexion Internet adéquat à ceux qui n’en disposent pas.

*Depuis plusieurs années, dans le cadre d’un plan numérique ambitieux, défini en commun avec l’Education Nationale, la ville d’Annecy dote ses écoles d’outils informatiques de différents types (budget d’investissement de 500.000 € par an). Il s’agit d’ordinateurs portables, de tablettes, de vidéoprojecteurs interactifs, de classes mobiles ...

Vos spectacles et concerts de l’Arcadium suivez les infos sur www.arcadium-annecy.fr

En application des mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19, les spectacles programmés à l'Arcadium jusqu'au 15 avril 2020 sont annulés ou reportés. Toutes les informations sont à retrouver sur le site de l’Arcadium : www.arcadium-annecy.fr

En cas d'annulation vous pouvez vous faire rembourser vos billets auprès de votre point de vente. En cas de report vos billets restent valables ou vous pouvez vous les faire rembourser auprès de votre point de vente.

Consultez les informations concernant le coronavirus Covid 19 sur www.annecy.fr
La vidéo du jour : « Les missions de la Police municipale en période de confinement »

Si vous souhaitez revoir les différentes vidéos de la Ville d’Annecy : www.annecy.fr
Facebook : facebook.com/VilleAnnecy/
You tube :
https://www.youtube.com/Villeannecy

Lire la suite

COVID-19

31 Mars 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

Après l’école Vaugelas, deux autres sites dédiés ouvrent ce mercredi (de 8h à 13h), l’un à l’école des Pommaries d’Annecy-le-Vieux, l’autre au parking de Champ Fleuri à Seynod (dans un périmètre barriéré).

Accueil gratuit pour les enfants des personnels mobilisés dans la lutte contre le Coronavirus, dans les crèches et les écoles d’Annecy

Afin de maintenir un service d’accueil pour les enfants du personnel de santé ou travaillant dans les établissements de santé, pour les personnes exerçant en foyer d’hébergement, en Ehpad, au maintien à domicile des personnes âgées, à l’accueil de public fragile, mais aussi pour les agents du service public et des transports, une garde d’enfants a été organisée dans les crèches et les écoles, en accord avec les consignes de sécurité sanitaire.

Pour l’ensemble de ce service, la CAF (pour les crèches) et la Ville (pour les écoles) ont décidé de ne pas facturer la prestation aux familles.

La semaine dernière, les crèches ont accueillis une vingtaine d’enfants par jour et les écoles plus de 80 enfants par jour.

Deux nouveaux sites dédiés à la vente de produits locaux ouvrent cette semaine à Annecy- le-Vieux et Seynod

Conformément aux dispositions nationales, les marchés les plus importants de la Ville ont été supprimés : marchés de la vieille ville et du boulevard du Taine à Annecy, des Pommaries à Annecy- le-Vieux, de Chorus à Cran-Gevrier et de Champ Fleuri à Seynod.

Afin de soutenir les producteurs locaux et apporter une solution de proximité à ceux qui ne peuvent se déplacer trop loin de chez eux, la ville met en place des sites dédiés à la vente de produits locaux, par les producteurs eux-mêmes.

Après l’école Vaugelas, deux autres sites dédiés ouvrent ce mercredi (de 8h à 13h), l’un à l’école des Pommaries d’Annecy-le-Vieux, l’autre au parking de Champ Fleuri à Seynod (dans un périmètre barriéré).

Sur ces deux nouveaux sites, les dispositions seront les mêmes que celles mises en place à Vaugelas, à savoir :

  • -  un site entièrement clos, avec un accès contrôlé et régulé afin de maintenir un flux de clientèle restreint dans l’enceinte.

  • -  des cheminements organisés autour d’un sens de circulation, évitant les croisements entre entrants et sortants.

  • -  des bancs espacés afin de permettre l'organisation de files d'attente espacées et matérialisées au sol.

  • -  une amplitude horaire permettant d’étaler les visites des clients.

    Les consignes restent les mêmes que sur les marchés : service par les commerçants et non par les clients, protection des denrées alimentaires, respect du sens de circulation...

Contrôles : cyclistes attention !

Chaque jour, les policiers municipaux assurent des contrôles au regard des règles liées au confinement.
La Police municipale rappelle que l’usage du vélo comme activité de loisirs est interdit.

Le Point d’écoute parents toujours actif...

La Ville d’Annecy maintient l’activité de son Point d’écoute parents, en proposant ses entretiens sur rendez-vous téléphonique, au 06 19 94 09 85.

Le Point d’écoute parents est destiné aux parents qui ont besoin, lorsqu’ils traversent un moment difficile avec leurs enfants, d’être écoutés, de comprendre et d’être soutenus. Soumis au principe de libre adhésion et de confidentialité, c’est un service gratuit, d’accès facile et sans formalité administrative.

Les écoutants sont des professionnels, formés à l'entretien familial, qui exercent dans les services du Conseil départemental de la Haute-Savoie, de l’hôpital, de l’Éducation nationale, de la Ville d’Annecy et de l’Association Passage.

Lire la suite

"Le temps de la magie" par Stéphane FOUCART

31 Mars 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

Stéphane FOUCART a pris la succession de Hervé KEMPF à la rubrique "écologie" du MONDE. KEMPF avait été remercié pour cause de trop fort engagement aux côtés des ZADistes de ND des Landes. FOUCART avait donc un défi sérieux à relever et il y parvient de mon point de vue parfaitement bien. Une preuve encore avec cette chronique sur la création monétaire qui me permet de surcroît à vous inviter à consulter le site passionnant d'Alain GRANDJEAN, "chronique de l'anthropocène".

Le temps de la magie
Par Stéphane Foucart

C’est une scène célèbre et la pandémie de Covid-19 lui donne, aujourd’hui, une saveur toute particulière. C’était le 5 avril 2018. Emmanuel Macron était en visite au Centre hospitalo-universitaire de Rouen (Seine-Maritime) et débattait fortement avec une aide-soignante. Se faisant la porte-voix de tous les personnels hospitaliers, celle-ci réclamait plus de moyens pour l’hôpital, et le président de la République lui répondit : « Il n’y a pas d’argent magique. » Deux années plus tard, face à la progression du Covid-19, M.Macron annonçait, mercredi 25 mars, « un plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières » à venir dans les hôpitaux, une fois surmontée la crise en cours.
Avec le Covid-19 viendra donc peut-être le temps de la magie, où les liquidités apparaîtront là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. A l’occasion de la pandémie, la sorcellerie monétaire pourrait sortir du giron des banques commerciales et des banquiers centraux pour redevenir un instrument politique, un outil remis à sa juste place dans le fonctionnement de la société. La mise à l’arrêt de l’économie induite par la progression fulgurante d’une infection virale pourrait de fait engendrer les conditions d’un changement profond de politique monétaire – changement que nombre d’environnementalistes réclament, jusqu’ici en vain, pour financer la transition écologique. C’est peut-être un virus qui fera la révolution que nous n’avons pas faite.
Dans un ouvrage paru fin février (Une monnaie écologique, Odile Jacob, 288 pages, 22,90 euros), mais rédigé bien avant la catastrophe qui se déploie actuellement, deux économistes, Alain Grandjean et Nicolas Dufrêne, plaident pour le desserrement du carcan monétaire. Seule manière, disent-ils, de mobiliser les moyens nécessaires à la transition urgente vers une économie qui ne détruise pas le cadre de vie de l’espèce humaine. Mais il faut pour cela, au préalable, se réapproprier la dimension magique de l’argent.

Une doxa déjà égratignée

Rappelons-le : l’argent se crée ex nihilo, par la volonté du banquier, par une décision comptable. (souligné par TB) L’argent apparaît dans les livres de comptes des banques commerciales et la valeur qui lui est attribuée ne tient qu’à ce que Pierre Bourdieu appelait un « acte de magie sociale » : une foi collective capable de changer en quelque chose d’autre des morceaux de papier ou des chiffres affichés sur un écran.
Ainsi, lorsqu’une banque accorde un crédit à un particulier ou à une entreprise, par exemple, elle ne puise pas dans le stock de liquidités dont elle dispose : c’est la contraction de la dette qui génère les liquidités correspondantes. Le crédit fabrique la monnaie. Quant aux banques centrales, elles arbitrent et supervisent le système par l’injection de monnaie centrale sur le marché interbancaire et par la fixation des taux directeurs.
On le voit : avec la mise à l’arrêt de pans entiers de l’économie, les Etats ont assoupli leurs règles budgétaires et les banques centrales vont injecter des quantités colossales de liquidités dans le système. La doxa monétaire commence à être égratignée : déjà, Christine Lagarde évoque la possibilité que la Banque centrale européenne rachète les dettes des Etats-membres. Et ce alors que, en théorie, les Etats ne peuvent se financer auprès de la banque centrale, celle-ci n’opérant que par le truchement des banques commerciales. Un système dans lequel, expliquent Nicolas Dufrêne et Alain Grandjean, une grande part de la masse monétaire est aspirée par les marchés financiers et participe à la flambée de l’immobilier.
Face à l’étendue du désastre provoqué par seulement quelques semaines de circulation du SARS-CoV-2, il devient possible que le carcan monétaire finisse par exploser tout à fait. Que les banques centrales puissent redevenir des institutions politiques à même d’interagir directement avec la société pour répondre à une urgence à laquelle les mécanismes de marché sont incapables de répondre. Et, pourquoi pas, que de la monnaie « libre » puisse être créée sans la contrepartie de la dette.
C’est ce que prônent Nicolas Dufrêne et Alain Grandjean, pour financer la transition écologique. Au terme d’une démonstration étayée par le constat des dysfonctionnements actuels du système monétaire et de nombreux exemples historiques, ils proposent de redéfinir et de « verdir » le rôle des banques publiques d’investissement et de refonder leurs liens avec la banque centrale. Ils plaident aussi pour qu’une monnaie « libre » de dette puisse être produite et injectée de manière ciblée dans l’économie, afin de répondre aux grands enjeux de développement et de préservation de l’environnement.
Le risque, le grand risque, est celui de l’inflation, diront leurs contradicteurs. C’est peut-être vrai. Mais cette crainte montre surtout que l’économie est devenue en quelques années bien plus qu’un savoir socialement dominant : elle semble, à certains égards, être devenue sa propre métrique, aveugle aux réalités du monde physique et aux tourments des hommes. Car si l’inflation peut en effet être dangereuse, peut-elle vraiment l’être plus que la destruction du climat terrestre ou l’effondrement de la vie ?
Il y a, en vérité, bien des façons d’envisager les concepts habituels de la science économique. Alain Grandjean et Nicolas Dufrêne ont déniché dans l’œuvre du grand poète et écrivain argentin Jorge Luis Borges ce qui est peut-être la plus belle définition possible de la monnaie : « Ne pouvant dormir, possédé, presque heureux, je me disais qu’il n’y a rien de moins matériel que l’argent, puisque toute monnaie est, rigoureusement, un répertoire de futures possibilités. L’argent est abstrait, répétais-je, l’argent est du temps à venir. »
Lire la suite

Covid-19 : qui sont les plus vulnérables ?

30 Mars 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

The CONVERSATION sous la plume de JF TOUSSAINT et G. SAULIERE donne une analyse qui semble pertinente de l'impact sanitaire du Covid-19. "L’âge moyen au décès y est de 81 ans. Parmi les patients décédés, 14 % avaient plus de 90 ans, 56 % plus de 80 ans et 86 % plus de 70 ans. Plus des deux tiers souffraient de diabète, de maladies cardio-vasculaires, de cancer ou étaient d’anciens fumeurs." N'hésitez pas à consulter le site car les tableaux statistiques ne "sortent" pas sur le blog, ils consomment trop de place.

Covid-19 : qui sont les plus vulnérables ?

29 mars 2020, 19:18 CEST

Auteurs
  1. Jean-François Toussaint

    Directeur de l'IRMES, Médecin à Hôtel-Dieu, AP-HP, Université de Paris

  2. Guillaume Saulière

    Biostatisticien , Institut national du sport de l'expertise et de la performance (INSEP)

Nous comprenons maintenant l’impact de cette pandémie : nous perdrons trop tôt nos parents et grands-parents.

En Chine, en France, en Italie, les sujets âgés sont les plus touchés. Le premier SRAS avait conduit l’OMS à déclarer en 2003 que sa prochaine apparition induirait « une crise de santé publique mondiale ».

Or face à l’un de ses cousins, plus létal et plus vif, nous n’avons pas assez progressé pour en anticiper l’émergence.

Observation de la pandémie

Quel est notre adversaire actuel ? Un nouvel acteur dont il nous manque l’origine (animale ?), les routes (tropisme industriel ou touristique ?) et le potentiel évolutif mais dont la dynamique est encore celle de ses prédécesseurs (SARS-1, MERS…) : après la phase d’attaque sur une population vulnérable, le pic de diffusion (jour du plus grand nombre de contaminations, suivi 5 à 7 jours plus tard du pic de décès) est atteint en 3 à 4 semaines.

La progression ralentit ensuite pour s’interrompre, selon la nature des réponses individuelles et populationnelles et la possibilité de ré infestations (en Corée, en Chine, on ne compte plus de décès hors Hubei mais la surveillance de cette possibilité reste très étroite).

 

Ces courbes décrivent l’évolution d’une compétition optimisée (attaque virale contre défenses humaines – immunitaires, individuelles ou sociétales) dans un système passant par plusieurs phases d’adaptation stratégiques réciproques et définissent aussi le cadre des relations proies-prédateurs.

Il s’agit ici d’une agression cliniquement très brutale dont la deuxième phase (installation en quelques heures d’une pneumopathie fulgurante, 5 à 8 jours après les premiers symptômes) pourrait dépasser cette semaine les capacités des services hospitaliers de réanimation. Il faut donc en organiser précisément la gestion des moyens humains (ce que font remarquablement les équipes sur le terrain) et la répartition des moyens matériels (respirateurs, masques et tenues de protection). Dans cette agression, tous les chiffres de mortalité seront revus à la hausse avec l’intégration a posteriori des données des maisons de retraite.

La publication du profil des personnes décédées en Italie nous donne le profil européen de cette pandémie et permet de comprendre son intensité transalpine. L’âge moyen au décès y est de 81 ans. Parmi les patients décédés, 14 % avaient plus de 90 ans, 56 % plus de 80 ans et 86 % plus de 70 ans. Plus des deux tiers souffraient de diabète, de maladies cardio-vasculaires, de cancer ou étaient d’anciens fumeurs.

Dans les pays d’Europe, les indicateurs de vieillissement de la population sont corrélés à l’intensité locale de l’épidémie : le rapport entre le nombre de personnes de plus de 70 ans et celle de moins de 20 ans est en effet très corrélé à la hauteur de la vague.

 

La France, qui présente un ratio intermédiaire (0,43) pourrait ainsi subir une vague moins destructrice que l’Italie et l’Espagne ; les personnes les plus âgées étant les moins à même de se défendre alors qu’un fort pourcentage d’enfants et de jeunes adultes pourrait être protecteur à l’échelle des populations. Sans doute ont-ils un rôle déterminant dans l’établissement de l’immunité de groupe. Dans les dernières publications chinoises et italiennes, moins de 1 % concerne des personnes en dessous de 30 ans, alors que deux sur trois concernaient des personnes ayant dépassé l’espérance de vie italienne.

Comprendre les causes de la mortalité

L’analyse des premiers décès français montre une distribution similaire avec un taux de mortalité inférieur à 0,2 % pour les sujets de moins de 45 ans sans co-morbidité et un risque majeur au-delà de 80 ans, d’autant qu’un antécédent (maladie cardio-vasculaire ou hématologique, insuffisance rénale…) limite l’aptitude à se défendre.

On a beaucoup comparé le virus de la grippe et le SARS-CoV-2. Or, à la mi-mars 2020, la grippe en France se répartissait ainsi pour les cas les plus graves nécessitant des soins lourds : 15 % avaient moins de 15 ans, un tiers plus de 65 ans, un quart ne présentait aucun antécédent. La grippe, qui fut pourtant la moins grave de ces dernières années a proportionnellement plus touché les enfants et les individus non malades que ne le fait le Covid-19. Épargnés par la grippe, les sujets les plus fragiles ne peuvent répondre au casse-tête immunitaire d’un agresseur auquel leurs défenses n’avaient jamais été confrontées.

Cette notion de vulnérabilité nécessite d’être précisée dans le contexte actuel. Nos relations aux paramètres vitaux passent en effet par un optimum, qui définit les plages de surveillance des patients et de leurs traitements (tension artérielle entre 90/60 et 140/90 mmHg ; glycémie à 1 g/l +/- 0,25 ; température entre 33 et 41 °C ; indice de masse corporelle ou IMC entre 18,5 et 25 kg/m2, etc.).

Hors de ces intervalles optimisés, l’organisme réduit ses facultés adaptatives en raison de contraintes métaboliques (hypertension artérielle, diabète, cholestérol élevé) ou physiques (âge élevé, surpoids…). Toutes ces dimensions établissent un optimum commun (cf. Figure 4, adaptée du rapport « Impacts sanitaires de la stratégie d’adaptation au changement climatique » du HCSP) dont toute pathologie ou insuffisance (cardiaque, rénale, respiratoire, neuronale…) nous éloigne.

Les plus vulnérables se situent aux extrêmes de ces distributions (défaillance cardiaque nécessitant une transplantation, maigreur sévère ou obésité morbide, broncho-pneumopathie chronique, âge très élevé). C’est pourquoi l’on retrouve ces facteurs de risque associés à la mortalité du Covid-19 (les très rares sujets jeunes décédés sans antécédent connu présentaient peut-être un défaut de leur système de défense immunitaire, que le coronavirus utilise comme porte d’entrée et qu’il est le premier – et malheureusement le dernier – à révéler).

Survivre au temps du Corona

Rien ne nous interdit de resituer maintenant cet épisode dans son contexte : nous sommes désormais conscients des effets de très longue portée de nos choix lorsqu’ils exploitent principalement le court terme.

Trois effets se télescopent ici :

  • L’impact économique des épidémies croît de manière exponentielle : celle dite de la vache folle avait emporté 10 milliards de dollars en 1995, H5N1 : 30, SARS-1 : 40 en 2003, H1N1 : 50 en 2009 (pour 150 000 décès). Avec son impact sur l’énergie, l’automobile, la banque, le tourisme ou l’aviation, Covid-19, par la complexité de ces intrications, dépassera les centaines de milliards à l’échelle planétaire. Alors que l’économie est à bout de souffle, on voit pointer la perte fulgurante de nos moyens de lutte pour sauver les patients des générations suivantes et le vide dans lequel certains pays vont plonger. Parmi de nombreux autres, le Liban, qui vient de déclarer faillite, en fera-t-il la douloureuse expérience ? Et dans quel état cette période, économiquement redoutable par ses effets dominos, laissera-t-elle nos sociétés ?

  • Le risque d’une réaction non proportionnée : confrontés à ce nouvel acteur, les patients meurent d’une hyper réaction immunitaire qui flambe leur poumon en quelques jours. À l’échelle des sociétés, le feu est dans la maison et le recul économique lié à cette crise pourrait détruire certaines options indispensables de nos systèmes de santé. Comment réagirons-nous lorsque les grandes crises annoncées par l’OMS surviendront dans les prochaines années ? En tant qu’espèce, sommes-nous à ce point affaiblis pour ne plus avoir d’option que de jeter nos dernières forces dans un combat, qui n’est que la première bataille des guerres à venir ?

  • À l’avenir, il nous faudra aussi considérer les interactions entre risques, telles qu’elles se déclenchent aujourd’hui au cours d’une crise sanitaire, économique, environnementale, énergétique et pétrolière. En effet, l’effondrement des taux atmosphériques de NO2 et de CO2, résultant de l’arrêt de la production industrielle (en Italie, en Europe, en Chine), nous indique l’ampleur de ce qu’il faudrait faire pour respecter nos engagements sur le climat (accord de Paris 2015 à la COP21). Nous y voyons le poids faramineux de notre empreinte et la hauteur de la barre à franchir. Serons-nous spontanément capables de décider une réduction de 92 % de notre production industrielle ? Pouvons-nous réellement « choisir » de le faire ou nos choix sont-ils le plus souvent contraints ? Or c’est aussi de cette qualité d’air dont auront besoin les enfants de Chine et du monde pour éviter maladies coronaires, asthme et cancers prématurés.

Nous avançons, pas à pas, sur une planche au-dessus des flots. Chaque nouvelle perturbation vient rompre notre fragile équilibre alors que nos sociétés absorbent de plus en plus difficilement ces oscillations puissantes.

Nous y lisons la confirmation d’un fait majeur : l’évidence de notre vulnérabilité croissante face à des menaces que nous pensions oubliées. Le XXe siècle nous a trompé quant aux raisons exactes de notre croissance et de notre développement. Le XXIe siècle ne sera pas celui des maladies dégénératives, faites d’insuffisances cardiaques, respiratoires ou neuronales (Alzheimer) aux grands âges… mais, à nouveau, celui de nos prédateurs primaires (virus, parasites, bactéries) dont on ne cesse de mesurer le réarmement et la résistance croissante à toutes nos thérapies.

Cette fragilité engendre une très grande instabilité sociétale et politique et une remise en cause de plus en plus forte des décisions prises. À Wuhan, Madrid, Mulhouse ou Brescia, se mesure déjà ce que seront, bien après la pandémie, les conséquences de cette tempête.

 

 

Lire la suite

Bruno LATOUR

30 Mars 2020 , Rédigé par Thierry BILLET

"Faites l’expérience de pensée : imaginez que le président Macron soit venu vous annoncer, avec le même ton churchillien, un train de mesures pour laisser les réserves de gaz et du pétrole dans le sol, pour stopper la commercialisation des pesticides, supprimer les labours profonds, et, audace suprême, interdire de chauffer les fumeurs à la terrasse des bars… Si la taxe sur l’essence a déclenché le mouvement des « gilets jaunes », là, on frémit à la pensée des émeutes qui embraseraient le pays. Et pourtant, l’exigence de protéger les Français pour leur propre bien contre la mort est infiniment plus justifiée dans le cas de la crise écologique que dans le cas de la crise sanitaire, car il s’agit là littéralement de tout le monde, et pas de quelques milliers d’humains – et pas pour un temps, mais pour toujours." Bruno LATOUR nous incite encore une fois à une réflexion vivifiante. Cette période de calme inouïe en est le moment propice.

« La crise sanitaire incite à se préparer à la mutation climatique »

Tribune

Bruno Latour, Sociologue et philosophe, anthropologue des sciences

Dans une tribune au « Monde », le sociologue et philosophe Bruno Latour explique que « l’exigence de protéger les Français pour leur propre bien contre la mort est infiniment plus justifiée dans le cas de la crise écologique que dans le cas de la crise sanitaire »

Publié 25 mars 2020 à 02h10

La coïncidence imprévue entre un confinement général et la période du carême est quand même assez bienvenue pour ceux à qui on a demandé, par solidarité, de ne rien faire et qui se trouvent à l’arrière du front. Ce jeûne obligé, ce ramadan laïque et républicain peut être une belle occasion pour eux de réfléchir sur ce qui est important et ce qui est dérisoire…

Comme si l’intervention du virus pouvait servir de répétition générale pour la crise suivante, celle où la réorientation des conditions de vie va se poser à tout le monde et pour tous les détails de l’existence quotidienne qu’il va falloir apprendre à trier avec soin. Je fais l’hypothèse, comme beaucoup, que la crise sanitaire prépare, induit, incite à se préparer à la mutation climatique. Encore faut-il tester cette hypothèse.

Le virus n’est que l’un des maillons d’une chaîne

Ce qui autorise l’enchaînement des deux crises, c’est la réalisation soudaine et douloureuse que la définition classique de la société – les humains entre eux – n’a aucun sens. L’état du social dépend à chaque instant des associations entre beaucoup d’acteurs dont la plupart n’ont pas forme humaine. Cela est vrai des microbes – on le sait depuis Pasteur –, mais aussi d’Internet, du droit, de l’organisation des hôpitaux, des capacités de l’Etat, aussi bien que du climat. Et bien sûr, malgré le barouf autour d’un « état de guerre » contre le virus, celui-ci n’est que l’un des maillons d’une chaîne où la gestion des stocks de masques ou de tests, la réglementation du droit de propriété, les habitudes civiques, les gestes de solidarité, comptent exactement autant pour définir le degré de virulence de l’agent infectieux.

Une fois pris en compte tout le réseau dont il n’est qu’un maillon, le même virus n’agit pas de la même façon à Taïwan, Singapour, New York ou Paris. La pandémie n’est pas plus un phénomène « naturel » que les famines d’autrefois ou la crise climatique actuelle. Il y a bien longtemps que la société ne tient plus dans les étroites limites du social.

Ceci posé, il n’est pas clair pour moi que le parallèle aille beaucoup plus loin. Car enfin, les crises sanitaires ne sont pas nouvelles, et l’intervention rapide et radicale de l’Etat ne semble pas jusqu’ici beaucoup innover. Il suffit de voir l’enthousiasme du président Macron pour endosser la figure de chef d’Etat qui lui manquait si pathétiquement jusqu’ici. Beaucoup mieux que les attentats – qui ne sont malgré tout que des affaires de police –, les pandémies réveillent, chez les dirigeants comme chez les dirigés, une sorte d’évidence – « nous devons vous protéger » « vous devez nous protéger » – qui recharge l’autorité de l’Etat et lui permet d’exiger ce qui, en toute autre circonstance, serait accueilli par des émeutes.

Mais cet Etat, ce n’est pas celui du XXIsiècle et des mutations écologiques, c’est celui du XIXe  siècle et de ce qu’il est convenu d’appeler le « biopouvoir ». Pour parler comme le statisticien regretté Alain Desrosières, c’est l’Etat des bien nommées statistiques : gestion des populations sur un quadrillage territorial vu de haut et mené par un pouvoir d’experts. Exactement ce que nous voyons ressusciter aujourd’hui – à cette seule différence qu’il est répliqué de proche en proche, au point d’être devenu planétaire.

L’originalité de la situation présente, me semble-t-il, c’est que, en restant claquemuré chez soi alors que, dehors, il n’y a plus que l’extension des pouvoirs de la police et le pin-pon des ambulances, nous jouons collectivement une forme caricaturale de la figure du biopouvoir qui semble sorti tout droit d’un cours du philosophe Michel Foucault. Il n’y manque même pas l’oblitération des très nombreux travailleurs invisibles obligés de travailler quand même pour que les autres puissent continuer à se terrer chez eux – sans oublier les migrants impossibles à fixer. Mais justement, cette caricature est celle d’une époque qui n’est plus la nôtre.

Un abîme immense

C’est qu’il y a un abîme immense entre l’Etat capable de dire « je vous protège de la vie et de la mort », c’est-à-dire de l’infection par un virus dont la trace n’est connue que par les savants et dont les effets ne sont compréhensibles que par le recueil des statistiques, et l’Etat qui oserait dire « je vous protège de la vie et de la mort, parce que je maintiens les conditions d’habitabilité de tous les vivants dont vous dépendez ».

Faites l’expérience de pensée : imaginez que le président Macron soit venu vous annoncer, avec le même ton churchillien, un train de mesures pour laisser les réserves de gaz et du pétrole dans le sol, pour stopper la commercialisation des pesticides, supprimer les labours profonds, et, audace suprême, interdire de chauffer les fumeurs à la terrasse des bars… Si la taxe sur l’essence a déclenché le mouvement des « gilets jaunes », là, on frémit à la pensée des émeutes qui embraseraient le pays. Et pourtant, l’exigence de protéger les Français pour leur propre bien contre la mort est infiniment plus justifiée dans le cas de la crise écologique que dans le cas de la crise sanitaire, car il s’agit là littéralement de tout le monde, et pas de quelques milliers d’humains – et pas pour un temps, mais pour toujours. (souligné par TB)

  • L’agent pathogène dont la virulence terrible modifie les conditions d’existence de tous, ce n’est pas du tout le virus, ce sont les humains !

Or on sent bien que cet Etat-là n’existe pas. Et ce qui est plus préoccupant, c’est qu’on ne voit pas comment il se préparerait à passer d’une crise à l’autre. Dans la crise sanitaire, l’administration a le rôle pédagogique très classique, et son autorité coïncide parfaitement avec les vieilles frontières nationales – l’archaïsme du retour aux frontières européennes en est la douloureuse preuve.

Pour la mutation écologique, le rapport est inversé : c’est l’administration qui doit apprendre d’un peuple multiforme, à des échelles multiples, à quoi peut bien ressembler l’existence sur des territoires entièrement redéfinis par l’exigence de sortir de la production globalisée actuelle. Elle serait tout à fait incapable de dicter des mesures depuis le haut. Dans la crise sanitaire, c’est en effet le brave peuple qui doit réapprendre, comme à l’école primaire, à se laver les mains et à tousser dans son coude. Pour la mutation écologique, c’est l’Etat qui se retrouve en situation d’apprentissage.

Mais il y a une autre raison que la figure de « la guerre contre le virus » rend incompréhensible : dans la crise sanitaire, il est peut-être vrai que les humains pris en bloc « luttent contre » les virus – même si ceux-ci ne s’intéressent nullement à nous et vont leur chemin de gorge en nez en nous tuant sans nous en vouloir.

La situation est tragiquement inverse dans la mutation écologique : cette fois-ci, l’agent pathogène dont la virulence terrible a modifié les conditions d’existence de tous les habitants de la planète, ce n’est pas du tout le virus, ce sont les humains ! Et pas tous les humains, mais certains, qui nous font la guerre sans nous la déclarer. Pour cette guerre-là, l’Etat national est aussi mal préparé, aussi mal calibré, aussi mal dessiné que possible car les fronts sont multiples et traversent chacun d’entre nous. C’est en ce sens que la « mobilisation générale » contre le virus ne prouve en rien que nous serons prêts pour la suivante. Il n’y a pas que les militaires pour être toujours en retard d’une guerre.

Mais enfin, on ne sait jamais, un temps de carême, fût-il laïque et républicain, peut entraîner des conversions spectaculaires. Pour la première fois depuis des années, des millions de gens, bloqués chez eux, retrouvent ce luxe oublié : du temps pour réfléchir et discerner ce qui les fait d’habitude s’agiter inutilement en tous sens. Respectons ce long jeûne imprévu.

Bruno Latour est notamment l’auteur de « Les Microbes. Guerre et paix », suivi de « Irréductions » (Métailié, 1984) et de « Où atterrir ? Comment s’orienter en politique » (La Découverte, 2017).

 

Lire la suite